Après un bon premier opus, La Momie commençait à tomber en décrépitude dès le second. Avec ce troisième, c'est l'état de décomposition qui prédomine. Logique.
Malgré toutes les promesses, 2008 ne restera certainement pas comme une année phare pour le cinéma d'aventure. Après l'indéniable défection il y a quelques mois d'Indiana Jones - maître étalon du genre qui aurait dû booster cette période estivale – c'est au tour du troisième et tardif volet de la Momie d'essayer de reprendre le flambeau lâchement délaissé sur le bord de la route. Pas de chance, elle ne fait qu'enfoncer un peu plus le clou. 2008, ou l'année de la mésaventure.
Le seul point rassurant dans
La Momie – La tombe de l'empereur dragon est que l'on constate que même si un cinéaste de la trempe de
Steven Spielberg torche par dessus la jambe un projet comme
Indy, le résultat reste supérieur au travail du tâcheron balourd nommé
Rob Cohen, qui pour une fois avait l'air plein de bonne volonté. Mais un souhait n'a jamais remplacé une maîtrise d'exécution que l'autosuffisance du réalisateur de
Fast and Furious empêche d'acquérir, mettant ainsi à mal toutes ses tentatives de relancer une petite franchise démarrée sympathiquement.
Pourtant les choses s'annonçaient de manière rafraîchissante avec ce déplacement de l'Egypte ancienne vers les contrées sauvages de la Chine où le tyrannique empereur Han vient d'unifier le pays dans le sang. Désireux d'obtenir la vie éternelle pour assouvir ses gigantesques ambitions de conquête, le souverain loue les services d'une magicienne, Zijuan, dont les charmes ne le laisse pas insensible. Mais celle-ci est tombée amoureuse de son général en chef. Jaloux, il fait exécuter son officier et tente de tuer Zijuan qui lui jette un sort le figeant lui et son armée pour l'éternité… enfin jusqu'à ce que 2000 ans plus tard, Rick O'Connell ne réveille malencontreusement la momie - découverte par son fils Alex - désireuse de remettre en marche ses soldats pour une reconquête du monde ...
En découle bien sûr tout un lot de situations propices à tous les délires pyrotechniques, martiaux et guerriers susceptibles d'offrir un spectacle old school visuellement dantesque avec course-poursuite dans les rues de Shanghai, fusillade dans les cimes de l'Himalaya et bataille entre deux armées de morts-vivants au pied de la Grande Muraille, à défaut de véritable nouveauté scénaristique que les auteurs préfèrent fuir pour se balader dans des terrains maintes fois explorés. Seulement, malgré ses maigres ambitions,
La Momie – La tombe de l'empereur dragon peine à satisfaire du fait de son utilisation abusive d'effets spéciaux digitaux à l'intégration foireuse, inquiétant phénomène qui tend à se répéter de plus en plus souvent ces derniers temps (
Je suis une légende,
L'Incroyable Hulk). C'est bien simple, dès qu'un plan doté d'un effet visuel apparaît (soit 964 fois sur 2021 plans) on n'y croit plus une seconde.
Et ce n'est pas l'académisme pompier de
Rob Cohen et son goût pour l'humour sous la ceinture qui sauve les meubles. L'homme est incapable de la moindre prise de risque, ne sachant mettre en valeur ni le faste, ni l'exotisme de ses décors, et encore moins de filmer correctement un combat à l'épée (monté n'importe comment) ou d'insuffler un quelconque souffle à son climax. Voilà ce qui arrive quand on choisit mal ses collaborateurs (on a plus de chance de trouver une momie dans son placard qu'une envolée lyrique dans le score falot de
Randy Edelman), et qu'on ne dirige pas son casting :
Maria Bello s'embellit mal des habits de l'absente
Rachel Weisz et ne possède aucune alchimie avec un
Brendan Fraser parfaitement rôdé. Quant aux comédiens chinois, on est plus dans la composition d'une tapisserie dans laquelle on ne peut qu'être effaré du concours de rigidité faciale auquel se livre
Jet Li (mis à part dans
L'Arme Fatale 4, il n'a jamais été bon en méchant).
Après
Le Retour de la momie, ce troisième volet démontre encore que Rick O'Connell n'a définitivement pas les épaules assez solides pour accéder au statut d'aventurier légendaire (malgré les tentatives peu fines du film de le mythifier), capable de justifier une présence étirée sur trois films. Une troisième monture des péripéties fantastiques de Rick O’Connell qui sent davantage le renfermé que l’air des grands espaces. Il est temps de laisser reposer cette momie en paix !