John Cusack est la pièce maîtresse de ce road-movie en famille dans lequel se fait entendre au loin le conflit irakien.
Grace est partie. Grace ne reviendra pas. Parce que Grace est morte, tuée en Irak où elle a été envoyée pour servir son pays. Laissant ainsi derrière elle deux petites filles et un mari désemparé, Stanley, ne sachant comment annoncer à ses enfants l'ineffable nouvelle. En attendant de trouver un moyen de faire passer la douloureuse pilule et d'accepter soi-même la cruelle réalité, Stanley décide sur un coup de tête de prendre la route pour les emmener dans un parc d'attraction en Floride.
Dire qu'on appréhendait ce
Grace is Gone en entrant dans la salle est un doux euphémisme. L'objet avait beau afficher le label « film indépendant récompensé à Sundance », son pitch était annonciateur d'un drame lacrymal anti-guerre-en-Irak destiné à faire sortir les mouchoirs par paquets entiers. Fort heureusement (mis à part dans les trois dernières minutes) le metteur en scène néophyte
James C. Strouse (à son CV on ne dénombre que le scénario de
Lonesome Jim) affiche un peu plus d'ambition que cela.
De son sujet, il extirpe tout le superflu (quand la projection commence, Grace n'est déjà plus de ce monde) qui pourrait nuire à la pudeur de son road-movie. De sa mise en scène, il gomme les écueils, les poncifs, les effets de caméra en tocs pour accéder à une sobriété maximale. La démarche n'est pas sans rappeler la ligne de conduite d'un certain
Clint Eastwood (signataire ici de la musique). Mais pour arriver à cette excellence, à cette maturité, à ce véritable état de grâce que connaît sa filmographie depuis
Mystic River, il lui a fallu des années d'apprentissage et de maîtrise, ce que
James C. Strouse ne possède pas.
En résulte une œuvre nuancée, intelligente, pointilleuse sur le deuil (le conflit irakien est plus une toile de fond que le véritable sujet) mais émotionnellement engourdie. A force d'économie de moyens le réalisateur finit par empêcher l'implication affective avec ses personnages.
Grace is Gone se regarde alors qu'il aurait dû se ressentir. D'autant plus regrettable que son acteur principal impliqué à la cause anti-guerrière de sa nation, le toujours parfait
John Cusack (qui est aussi producteur du film), fait montre d'une grande justesse en américain moyen remettant en question son existence et son engagement patriotique. Dans ce genre de cas, on affirmerait qu'il porte seul le film sur ses épaules, si ne lui donnait pas aussi bien la réplique la jeune
Shélan O'Keefe (dont c'est la première prestation à l'écran), étonnante de maturité. A défaut de découvrir un nouveau prodige de la réalisation,
Grace is Gone nous aura permis au moins de découvrir une actrice prometteuse. Croyez-le, cette petite, on en reparlera. Une émotion gelée parcourt ce drame trop sobre qui ne manquait pourtant pas d’arguments (comme son interprétation générale impeccable) pour séduire.