Precious, six nominations aux Oscars, suit la naissance de l'espoir dans la vie noire d'une adolescente maltraitée.
Malgré son nom de princesse Disney,
Precious n'a pas eu une vie rose. Elle n'a que 16 ans mais attend son 2ème enfant – conçu par son père qui la viole depuis des années. Il est vrai qu'il n'est pas tellement à la maison, mais sa mère (
Mo'Nique, excellente), elle, y est, et la maltraite physiquement et mentalement. Pour dépasser les humiliations,
Precious se réfugie dans un monde de fantasmes, un monde où elle serait une chanteuse célèbre, aimée par ses proches. En attendant, son école la renvoie et l'aiguille vers un apprentissage alternatif où, au milieu de jeunes filles en difficulté sociale, elle apprendra à lire et écrire et surtout à reprendre confiance en elle.
L'affiche nous dit « Elle a bouleversé l'Amérique ». Méfions-nous ; l'Amérique se bouleverse d'un rien, et en plus c'est
Oprah Winfrey qui produit, donc nous Français, nous nous inquiétons un peu. Il faut dire que cette
Precious est née de la plume d'une certaine Sapphire, qui a travaillé (et travaille sans doute encore) dans des centres d'apprentissages comme celui du film, entre autres, et a créé ce personnage à partir des gens qu'elle y a croisé. Alors finalement, concrètement, nous sommes plongés dans ce qu'on appelle le quart-monde, cette partie de la population des pays riches à peine lettrée, aux conditions financières et sociales difficiles ; un quart monde très bas, ici. Le livre cumulait lourdement les problèmes et on assistait à un véritable acharnement du sort sur cette pauvre fille ; on peut déjà reconnaître au scénariste Geoffrey Fletcher d'avoir su retravailler la matière pour que, même si l'accumulation de déboires fait un peu trop à la fin, nous puissions regarder le film sans avoir l'impression d'avoir devant nous la quintessence de la pauvreté sociale. Cette simplification n'enlève pas le grand respect du livre et de sa trame historique, ni le fait que le film traite tout de même d'inceste, de grossesse adolescente, de maltraitance, …
Et donc, dans cette misère sociale, le salut est – comme souvent – apporté par l'éducation, à travers ce professeur (
Paula Patton très convaincante) qui permet l'ouverture sur le monde extérieur, et donc la remise en question de la norme : non, ce n'est pas normal de se faire taper dessus, tu mérites mieux.
Precious peut donc se libérer, et espérer mieux, même si la réalité vient lui renfoncer la tête dans sa misère à la fin. Si à force cette surenchère de situations terribles finit par nous lasser, il faut admettre l'absence des habituels poncifs sur la merveilleuse éducation qui change le monde : nous voyons très bien ici que c'est un moyen, non une fin, et le film évite alors de tomber dans le trop moralisant : un équilibre délicat vu le sujet.
Malgré ces points positifs,
Precious n'est pas un bon film. Le sujet, lourd et difficile, est curieusement traité, entre ton mélodramatique tendance tire-larme et délire visuel d'une réalisation étrange peu justifiée. Le début était relativement juste, mais petit à petit on ne sait plus vraiment où on va, et la surenchère d'écueils cumulée à la perte d'une unité de ton finit par nous faire lâcher prise. La dernière partie traîne en longueur et nous décrochons d'une histoire qui avait pourtant du potentiel.
Precious, acclamé à Sundance et six fois nominé aux Oscars, a un goût de pseudo-indépendant fait pour nous faire pleurer : c'est désagréable.
Precious traite de nombreux sujets graves mais la réalisation, et dans une certaine mesure le scénario, est loin d'être à la hauteur.