Michel Gondry, le génie français du clip, revient pour son troisième film La science des Rêves, avec Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg.
Après le succès d’
Eternal sunshine of the spotless mind et les éclairs de génie que sont ses clips, le nouvel opus de
Michel Gondry était attendu avec appréhension. En effet, il s’agit de son premier film en France mais surtout du premier film qu’il scénarise seul, sans son collaborateur de talent Charlie Kaufman, qui avait signé
Human nature et co-écrit son précédent long-métrage. Unique maître à bord, Gondry crée une histoire sur mesure pour ses délires les plus visuels, celle d’une histoire d’amour parasitée par une imagination débordante. Stéphane est un jeune homme créatif franco-mexicain qui s’installe à Paris. Enfermé dans un boulot ennuyeux, il fait la connaissance de sa voisine, Stéphanie, et de son amie Zoé. Après une courte hésitation, il succombe aux charmes de la première, interprétée par
Charlotte Gainsbourg. Problème : la jeune femme est persuadée que le mexicain préfère sa copine et ne sait qu’il habite juste en face de sa porte. Le jeune illustrateur a aussi une légère tendance à mélanger ses rêves à la réalité. Parfois maladroit dans sa narration,
Michel Gondry emporte tout grâce au ton adopté. En effet, la comédie romantique se double d’une pure comédie plus déjantée que toute la production française de l’année dernière. Sur le plan de l’humour, le surprenant
Gael Garcia Bernal et l’excellent
Alain Chabat, en collègue un tantinet lourdaud, se tiennent la dragée haute, chacun dans leur style. C’est aussi avec plaisir qu’on retrouve
Sacha Bourdo, remarqué dans
Western il y a une dizaine d’années.
La science des Rêves est aussi l’occasion de plonger dans l’imagination de
Gondry. Si chez Charlie Kaufman, cet exercice est assez effrayant et tortueux, dans l’esprit du français, tout devient enfantin. Le réalisateur dérive dans ses délires visuels aussi facilement que le personnage de Stéphane part dans ses rêves.
Gondry multiplie ainsi les trouvailles visuelles enchanteresses. Il lorgne principalement vers ses clips pour Stereiogram, Walkie Talkie Man, et celui de Bjork, Human Behaviour. Mélangeant l’animation et les acteurs, Gondry arrive à un résultat étrangement homogène. Il traite en toute simplicité les scènes de comédie et de romance, caméra à l’épaule, pour nous faire croire à cette histoire. Avec cette assise de traitement réaliste, il peut ainsi se permettre de fabuleux écarts oniriques. Malgré toute cette volonté d’originalité, le film ne devient jamais une froide démonstration des talents du réalisateur. Vivant littéralement dans la tête du personnage de
Gael Garcia Bernal, on ne peut que ressentir de l’empathie pour lui. La science des Rêves prend ainsi une charge émotionnelle au cours du film. L’inventivité enfantine devient jouissive. On est tout aussi excité que Stéphane lorsqu’il fabrique quelque chose. Au contraire, on compatie lorsque quelque chose arrive à ce personnage attachant à qui l’imagination joue des tours. Le film s’impose donc comme une réussite totale.
Gondry arrive à mener de front une comédie et une romance en y mêlant l’art de ses clips, le tout avec la même fraîcheur et naïveté. Le choc
Michel Gondry a bien eu lieu et arrive même à nous faire oublier Charlie Kaufman. Déjà fabuleux génie du maniement d’image, il s’affirme en plus comme un magnifique conteur d’histoire. Il ne nous reste plus qu’à applaudir en se demandant comment est-ce possible. La sincérité d’un génie au service d’une comédie romantique drôle et émouvante. La science des Rêves est unique et réjouissant, une bouffée d’air pur dans le cinéma français.