La saga Vendredi 13 renaît de ses cendres avec un opus en forme de nouveau départ… vers un retour à la tradition !
Jeunesse fornicatrice, droguée et soularde, prend garde ! Jason Vorhees est de retour pour te remettre dans le droit chemin de la bonne morale et liquider tes pêchés de luxure à grands coups de machette. Il faut dire qu'après presque trente ans d'existence, il ne peut toujours pas les voir en peinture ces adolescents, comme ceux qui l'ont laissé se noyer dans le lac du camp Crystal Lake pour s'en aller jouer la bête à deux dos, puis qui ont décapité sa mère devenue légèrement folle et meurtrière suite au décès de son rejeton. Alors quand deux décennies plus tard une bande de fêtards viennent empiéter sur son territoire, Jason n'a qu'une envie : faire le ménage.
La franchise culte initiée par
Sean S. Cunningham ne pouvait résister bien longtemps à l'actuel recyclage ambiant des classiques horrifiques des années 70/80. Surtout pas à la mire de
Michael Bay et
Platinum Dunes qui en très peu de temps se sont fait les spécialistes de l'exercice depuis le succès du remake de
Massacre à la tronçonneuse suivi par d'autres tentatives qualitativement beaucoup moins fructueuses (
Amytiville,
Hitcher…). Pour cette remise à zéro de
Vendredi 13, les producteurs ne pouvaient pas prendre le risque de décevoir des hordes de fans peu enclins à voir leur boogeyman préféré remis au goût du jour dans une version aseptisée à la façon de l'ultra soft
Prom Night - le bal de l'horreur. Impossible, « faut que ça charcle ! » demande la populace. C'est pourquoi le studio pare son bébé de tous les atouts susceptibles de satisfaire son cœur de cible : un déchainement de violence frontale classifiée R-Rated orchestré par Marcus Nipsel, le même ayant miraculeusement ressuscité à l'écran Leatherface et sa famille de dégénérés. Dans ces conditions
Vendredi 13 ne pouvait qu'offrir une complète satisfaction. Vraiment ?
On a oublié que la réussite du nouveau
Massacre à la tronçonneuse était surtout due au script malin de
Scott Kosar sachant prendre ses distances avec un original intouchable, notamment avec le brillant approfondissement du personnage du shérif (volant au passage la vedette du tueur censé être le centre de l'attention). Même s'il partage quelques points similaires (l'exploration de l'antre du monstre et l'installation cimentée de sa mythologie dans une longue intro), il n'en va pas entièrement de même avec celui de
Damian Shannon et de
Mark Swift qui devait jongler avec un cas contraire : hors de question de donner un alter égo au solitaire Jason, il est la seule et unique star de la série. Une série loin d'être un modèle de subtilité scénaristique (en fait de subtilité tout court). Voilà la grosse déception de cet opus pouvant aisément prétendre au podium de la saga mais ne relevant pas son médiocre niveau général (même le tout premier reste un petit slasher) ni le propos passablement réactionnaire qu'on lui attribue depuis le début.
Le suspense de
Vendredi 13 ne se résume donc qu'à répondre à la question suivante : quelle sera la prochaine victime ? De ce festival de morts toutes plus graphiques les unes que les autres, de jeunes queutards à la psychologie résolument accessoire et transparente aux côtés d'un Jason impérial, iconisé à la façon d'un Michael Myers ou d'un
Predator par un réalisateur appliqué dans son travail, sans sentir cette fois-ci un engouement à l'idée de s'attaquer à l'un des légendes du cinéma fantastique. Peut-être parce que l'épouvante n'est pas son principal dada et que sa participation au film n'est qu'un moyen de se refaire une santé professionnelle, dangereusement fragilisée depuis le cuisant échec au box-office de son mutilé
Pathfinder. Gageons qu'au prochain coup, il nous reviendra avec une péloche davantage personnelle, aussi fun et surtout moins désuète.
A une franchise épuisée jusqu'à la racine, Marcus Nipsel apporte son savoir-faire technique et une décontraction évidente dans la violence sans se dépêtrer d'une mécanique répétitive. Amusant pendant 1h30. Après…