Alexandre Aja rend hommage aux séries B des années 80 dans un film totalement jouissif.
Après le décevant
Mirrors,
Alexandre Aja et son complice et co-scénariste
Grégory Levasseur ont enfin eu l'opportunité de tourner leur
Piranha, un projet vieux de plus de sept ans, qui s'annonçait comme l'un des films les plus sanglants de l'histoire du cinéma. A la vue du résultat, on se dit que le temps était peut-être nécessaire pour que le talentueux metteur en scène puisse mettre toute son expérience au profit de cet hommage transgresseur et réjouissant aux séries B des années 80. En effet, l'objet du délit, pur plaisir coupable de cinéphile nourri au pop-corn, est une grande réussite qui, dans ses meilleurs moments, fait exulter le spectateur, ravi devant ce mix d'humour loufoque et de gore bien dosé.
Piranha 3D n'est, en aucune façon, un remake du film de
Joe Dante (le
Piranhas de 1978) qui consistait en une course contre la montre pour éviter que les clients d'un centre de loisirs ne servent de bouffaille aux poissons carnivores, mais bel et bien un nouveau scénario aux enjeux à la fois semblables (les poissons y sont de plus en plus affamés) et différents (exit la critique de la corruption politique et militaire pour une autre, plus actuelle, sur les dérives et les excès d'une Amérique qui ne pense qu'à s'amuser et à consommer au détriment de l'environnement). Nous sommes donc projetés dans la ville de Lake Victoria où, durant le Spring Break (vacances d'une semaine accordée aux étudiants aux alentours des fêtes de Pâques), des centaines de jeunes survoltés se lâchent et se retrouvent pour danser, draguer et… se baigner. Problème : un tremblement de terre rouvre une faille au fin fond du lac libérant du même coup une horde de piranhas qui se sont dévorés depuis des siècles et n'attendaient que cette opportunité pour se repaître d'une nourriture plus fraiche.
A partir de cette base scénaristique,
Alexandre Aja a réalisé un film totalement fun qui débute par un caméo cocasse de
Richard Dreyfuss en pécheur soûlaud qui semble reprendre ici son personnage des
Dents de la mer. Bourré de clins d'œil au cinéma des années 80 (des
Gremlins, explicitement cité, à
Retour vers le futur via la présence du « Doc »
Christopher Lloyd),
Piranha 3D est le film qu'on aurait aimé voir il y a trente ans et que la technique d'aujourd'hui en matière d'effets spéciaux a enfin rendu possible. Malgré sa violence apocalyptique qui se rapproche de celle de
Robert Rodriguez (autre fan de cinéma bis), le métrage s'en tient à l'hommage jusqu'à utiliser la 3D numérique pour recréer des effets destinés à faire s'enfoncer le spectateur au fond de son siège. Gore, débridé,
Piranha 3D se revendique directement de la folie des premiers films de
Sam Raimi (
Evil Dead) ou
Peter Jackson (
Braindead) en mélangeant l'horreur à l'humour avec un bonheur qui, malgré une mise en place un peu longue, ne se dément jamais.
Autant dire que cela faisait des années qu'on n'avait pas vu un film de genre aussi déconnant (et pourtant minutieusement mis en scène) qui se vit comme un exutoire cinéphilique dont on ressort ravi, le sourire aux lèvres. Dommage que la censure n'ait apparemment pas compris le second degré du film et s'en soit tenu au réalisme des scènes gore interdisant, de façon incompréhensible,
Piranha 3D aux moins de seize ans (comme quoi, on peut travailler au comité de censure et être aveugle !).
NB : depuis la parution de cet article, le comité semble avoir retrouvé la raison en descendant l'interdiction aux seuls mineurs de moins de douze ans contrairement à ce qu'annonçait la mention figurant sur l'affiche. A la bonne heure!
« Sea, Sex and Blood » vante la tagline présente sur l'affiche de Piranha 3D. Pour une fois, on ne nous a pas menti : le dernier Alexandre Aja est à la fois un bel hommage aux séries B des années 80 et un délire paradisiaque pour les amateurs de gore. A dévorer d'urgence !