Scorcese/DiCaprio, troisième ! Après l’excellent drame historique Gangs of New York et l’ovationné biopic Aviator, le duo revient sur le devant de la scène dans un genre encore différent, celui du polar urbain.
Les Infiltrés, remake officieux de l’excellent thriller made in Hong-Kong
Infernal Affairs suit l’affrontement au sommet entre Billy Costigan, un flic infiltré dans la pègre Irlandaise et Colin Sullivan, un inspecteur de police corrompu travaillant pour l’organisation précédemment évoquée. Les deux camps étant pleinement conscients de la présence d’une taupe dans leur rang, un implacable jeu du chat et de la souris va alors débuter pour savoir qui est le traître.
Localisé à Boston, un des principaux bastions de la mafia irlandaise, le film débute par une plongée quasi-documentaire au cœur de cette communauté durant les années 70, contexte dans lequel les deux principaux protagonistes ont grandi. A travers cette introduction dans une Amérique post-Vietnam,
Scorcese met en avant le malaise régnant à cette époque. Une immersion dans le passé chère au réalisateur, même si la véritable intrigue se passe bien de nos jours. Celle-ci s’attache à suivre le destin de deux hommes forcés de jouer constamment un rôle, sous peine de voir leur véritable identité révélée et ainsi se retrouver en danger de mort. Si le personnage de
Matt Damon s’en accommode plus ou moins bien car il est plus facile de jouer le bon que le mauvais, celui de
Leonardo DiCaprio reflète entièrement toute l’ambiguïté qui habite l’esprit d’un agent sous couverture, c’est-à-dire quelles sont les limites à ne pas franchir pour ne pas définitivement passer de l’autre côté de la barrière. Si le scénario attache une importance toute particulière à la psychologie des personnages, le suspense et l’action y ont également leur place. En effet, Costigan et Sullivan vont devoir se salir les mains pour garder leur couverture. Fusillades, combats et meurtres vont faire partie de leur quotidien tant qu’ils n’auront pas démasqué la fameuse taupe qu’il représente chacun l’un pour l’autre.
Par ailleurs,
Scorcese, à travers une photographie utilisant des tons très pâles, met en place une atmosphère oppressante qui tout au long du métrage se resserre inexorablement, indiquant que le moment de faire tomber les masques est de plus en plus proche. Jusque là,
Les Infiltrés remplit parfaitement son rôle, seule la mise en place d’un triangle amoureux est particulièrement mal gérée. Le fait que les « deux ennemis » tombent amoureux de la même femme résonne comme un écho pour renforcer encore plus l’opposition déjà bien marquée entre les personnages de
Damon et
DiCaprio. Cet arc qui aurait pu dans un certain contexte être intéressant sonne désespérément faux tout comme l’interprétation de
Vera Farmiga, chargée d’incarner la briseuse de cœur. Le reste du casting remplit parfaitement son rôle, mention spéciale à
Leonardo DiCaprio qui entame un tournant dans sa carrière en démontrant qu’il est parfaitement à l’aise en héros sombre. Soulignons aussi la belle performance de
Matt Damon, détestable à souhait dans le rôle d’un arriviste arrogant et manipulateur. Les seconds rôles sont également à la hauteur : l’exubérant
Jack Nicholson donne tout son charisme et sa fourberie au parrain de la mafia Frank Costello et
Mark Wahlberg, bien que son personnage soit utilisé à dose homéopathique, interprète à merveille un flic teigneux avide de méthodes expéditives. Malgré la présence d’un triangle amoureux mal maîtrisé, Les Infiltrés se positionne comme un polar sombre, à l’efficacité redoutable et servi par un duo d’acteurs de premier ordre.