Premier long-métrage extatique et sensitif d'un nouveau talent très prometteur du cinéma indie américain.
Two Gates of Sleep est le premier long métrage d'
Alistair Banks Griffin, artiste protéiforme qui a étudié la peinture et exécuté de nombreux travaux photographiques. Peintures (de Vanitas des XVIème ou XVIIème siècles ou de
James Whistler), photos (entre autres de
Thomas Struth) ont d'ailleurs influencées son travail sur le film, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2010 mais qui ne sort qu'aujourd'hui en France grâce à l'heureuse initiative de la maison de distribution
Damned distribution. On ne saurait trop lui en être gré tant
Two Gates of Sleep, histoire de deux frères vivant dans une partie reculée du sud du Mississippi (
Brady Corbet révélé par le
Mysterious Skin de
Gregg Araki en 2004 et
David Call vu dans
Où sont passés les Morgan ?), est un objet cinématographique sensoriel et fascinant, extatique et hypnotique comme on en voit de moins en moins sur les écrans. Lorsque leur mère (
Karen Young –
Birdy d'
Alan Parker,
Vers le sud de
Laurent Cantet) meurt, les frangins vont entreprendre d'exaucer le dernier vœu de celle-ci : être enterrée en pleine nature à un endroit précis.
Si sa radicalité, tournée vers le silence, la lenteur et la langue des corps en laissera certains de marbre, il est important de voir l'envoûtant métrage de
Banks Griffin ne serait-ce que pour l'audace dont le réalisateur a fait preuve dans cette invitation à la méditation sur la mort, l'impermanence des êtres et de la nature. Film-trip rappelant le
Stalker d'
Andreï Tarkovski (dans l'idée de cheminement, de parcours jusqu'à un point donné) mais aussi la façon de filmer la nature d'
Apichatpong Weerasethakul (quand cette dernière se fait mystérieuse ou dangereuse) ou de
Terrence Malick (quand elle se fait solaire),
Two Gates of Sleep ne manque pas de substance comme on pourrait le supposer car grâce à son enjeu unique, ce drame fraternel jusqu'au-boutiste finit par émouvoir. Hautement viscéral, le métrage, assez court (1h18), se vit comme une expérience unique dont on ressort à la fois perturbé et rasséréné. Chacun y comprendra d'ailleurs ce qu'il veut comme le précise d'entrée de jeu le réalisateur en citant « l'Odyssée » d'Homère : « Etranger, les songes sont difficiles à expliquer ». A déconseiller aux amateurs de blockbusters,
Two Gates of Sleep ne pourra que toucher à vif les cinéphiles pour qui le terme « mise en scène » veut encore dire quelque chose.
Two Gates of Sleep est un film exigeant, rare et précieux à la mise en scène sublime. A voir d'urgence !