Jalil Lespert adapte Olivier Adam et signe un film sans sensiblerie mais plein de sensibilité.
Pour son second long-métrage après le très formaliste
24 mesures,
Jalil Lespert a décidé de retrouver l'univers d'
Olivier Adam dont il avait déjà adapté une nouvelle dans son court
De retour en 2004. Décidément très apprécié des metteurs en scène, en particulier
Jean-Pierre Améris (
Poids léger,
Maman est folle) et
Philippe Lioret (
Je vais bien, ne t'en fais pas,
Welcome), le romancier a prêté main forte au comédien-réalisateur tout en lui laissant le champ libre quant aux remaniements de son histoire. Grand bien lui en a pris, puisqu'en privilégiant certains aspects du roman,
Jalil Lespert a signé un grand film humaniste qui risque de faire couler bien des larmes dans les salles de cinéma.
Paul, 35 ans (
Benoît Magimel), romancier de son état, n'arrive pas à terminer son dernier livre. Obsédé par son manque d'inspiration, il met sa vie conjugale et familiale en péril, sa femme Sarah (
Audrey Tautou dans un rôle éclipse) lui reprochant de ne plus être assez disponible pour elle et leurs deux enfants. Quand Sarah disparaît brutalement, Paul croit d'abord que c'est suite à leur dernière dispute. Mais, Sarah ne réapparait pas. Sans nouvelles après une année de recherches infructueuses, l'homme, détruit par les remords, le doute et la culpabilité, part avec ses enfants dans sa ville natale, Saint-Malo. Là-bas, il retrouve son frère ainé (
Antoine Duléry) qui a veillé leur père jusqu'à son décès. Les rancunes ne tardent pas à exploser mais, au fil de rencontres inattendues, Paul va lentement s'acheminer vers une seconde naissance.
Si
Des vents contraires est si beau et émouvant, c'est probablement grâce à l'œil bienveillant de son réalisateur qui a su gommer tout pathos au profit d'une pudeur bouleversante. Aussi, bien que le film parle d'abord des rapports entre un père et ses deux enfants, il n'en reste pas moins un beau récit de reconstruction à travers « les autres », ces personnes qui traversent nos vies sans qu'on s'en rende toujours compte. Ici, un déménageur ayant fait de la prison et qui fugue quelques heures avec son fils (
Ramzy Bedia dans son premier rôle dramatique), un capitaine de police tiraillé entre son devoir et son envie d'aider (
Isabelle Carré), un homme ayant tout perdu après un accident mais qui reste résolument optimiste (
Bouli Lanners dans la peau d'un gros nounours truculent qui lui va à merveille), une jeune fille de 19 ans qui se cherche (
Marie-Ange Casta)… autant de personnages que
Jalil Lespert filme avec une bonne dose d'empathie et d'humanité. Traversé de scènes simples mais magnifiques (une partie de foot improvisée au bord de la mer, une dispute dans un bar durant laquelle la vérité familiale éclate au grand jour…), interprété par des comédiens exceptionnels (on le sait, il n'y a pas mieux qu'un acteur pour en diriger d'autres),
Des vents contraires émeut sans peine grâce à la sincérité de son discours. On en sort triste mais plein d'espoir en l'avenir !
Les vents contraires n'ont pas empêché Jalil Lespert de faire un grand bond en avant avec un second long-métrage délicat et splendide touché par la grâce.