Oliver Stone, remarqué il y a une vingtaine d'années avec le film choc Platoon sur l’horreur de la guerre du Vietnam, nous revient avec World Trade Center qui traite d’un sujet tout aussi sensible et polémique.
Alors que le cinéma américain a toujours eu cette capacité à rapidement prendre du recul pour analyser et porter à l’écran les drames qui ont marqué son histoire,
World Trade Center a eu la malchance de sortir peu de temps après l’excellent
Vol 93, impressionnant de sobriété et de justesse dans l’émotion. En effet, de ce point de vue,
World Trade Center est affublé de quelques lacunes, bien que l’angle de vue choisi pour aborder la tragédie des deux tours jumelles était plus qu’intéressant. Avec un matériau de départ de qualité,
Oliver Stone pèche dans la finition. Car bien que son film ne souffre d’aucune fausse note d’envergure, l’accumulation de certaine lourdeurs plombent le long-métrage en nous gratifiant de passages qui sonnent faux et d’autres totalement inutiles. Le
World Trade Center d’
Oliver Stone tente de raconter l’histoire vraie de John McLoughlin et Will Jimeno, deux officiers de Police qui se sont retrouvés enterrés pendant 22 heures sous les décombres des buildings et qui ont lutté pour leur survie. Avec un scénario dont la fin est connue de tous, tout reposait sur les épaules d’
Oliver Stone et de ses comédiens pour donner une âme à cette tragique aventure.
Les premières minutes de
World Trade Center laissent pourtant présager du meilleur, puisque
Oliver Stone traite le début de son métrage avec le plus grand soin. Tout y est, que ce soit la beauté des images, ou bien encore un montage judicieux qui permet au spectateur de saisir réellement que, ce matin du 11 septembre, les new-yorkais n’étaient absolument pas préparés à ce qu’ils allaient vivre. Après la scène de l’effondrement des tours, qui soit dit en passant est particulièrement bien maîtrisée grâce notamment à des effets sonores qui la rendent des plus réalistes, le film tombe littéralement dans une alternance quasi métronomique de séquences montrant la situation des policiers ensevelis et de ce que vivent leurs familles. Face à ce montage des plus classiques,
Oliver Stone nous enferme dans un huit clos oppressant. La douleur des deux héros est alors perceptible, à tel point que l’on souffre avec eux à chaque fois qu’une nouvelle flopée de débris les éloigne encore un peu plus de la surface. Néanmoins, les dialogues entre les deux collègues pris au piège ne sont pas des plus poignants, car bien trop débordants de bons sentiments plus lourds qu’autre chose. L’utilisation du jeu d’ombre et de lumière sur les visages de McLoughlin et Jimeno est par contre de toute beauté rendant une photographie de première qualité et démontrant toute l’ambivalence de l’état d’esprit des deux policiers, tiraillés entre l’envie de se laisser mourir et la volonté de vivre pour retrouver ceux qu’ils aiment.
Mais le bât blesse réellement au niveau des scènes de flashbacks que vivent les policiers dans leur état de semi-conscience. Ces dernières sombrent en effet dans un sentimentalisme exacerbé où l’on veut absolument nous convaincre de la bonté d’âme de ces deux hommes, qui nous a déjà largement été prouvé par le courage dont ils ont fait preuve en acceptant d’être volontaires pour entrer dans les tours. Nous avons aussi droit à de multiples allusions religieuses, avec notamment l’apparition de Jésus apportant de l’eau à l’un des héros. Ce symbolisme religieux est amené comme un cheveux sur la soupe et n’apporte absolument rien au film.
Bien que
Nicolas Cage et
Michael Pena (révélé par l’oscarisé
Collision) s’en sortent plutôt bien dans leur interprétation, il aurait peut-être été plus judicieux d’opter pour des inconnus afin de porter à l’écran l’histoire de ses anonymes qui du jour au lendemain devinrent la préoccupation de toute une nation.
Maria Bello et
Maggie Gyllenhaal qui incarnent les épouses des deux policiers sont elles aussi à créditer d’une belle performance, parvenant chacune à leur manière à nous faire transparaître l’angoisse qui les habite. Derrière une mise en scène de bonne facture et la mise en place d’un huis-clos parfaitement maîtrisé, se cachent une volonté d’émouvoir mal maîtrisée et des connotations symboliques fortement dispensables. World Trade Center est finalement une œuvre décevante qui ne restera pas dans les annales du cinéma.