Après Microcosmos et Genesis, Claude Nuridsany et Marie Pérennou reviennent nous plonger dans le monde de l'infiniment petit.
La Clé des champs conte l'histoire de deux enfants qui, le temps d'un été, vont tomber sous le charme d'une mare abandonnée. Lieu de tous les secrets et de toutes les observations, la mare deviendra très vite une sorte de palais reflétant le monde adulte avec ses créatures sublimes ou cauchemardesques incitant à la rêverie. Sept ans après
Genesis et quinze ans après le fabuleux succès de
Microcosmos, les réalisateurs restent fidèles à leur univers poétique fait de captations animales trouvant une résonnance dans les personnages et événements de la vie humaine. Ainsi, on peut voir ici des libellules équilibristes, des tritons qui tentent de se séduire lors de danses imaginaires, des têtards surfant à la surface de l'eau ou encore un embouteillage d'araignées d'eau… Mais cette fois-ci, les auteurs ont choisi d'associer la découverte de la nature à l'histoire nostalgique de ces deux enfants commentée par la voix, à la diction parfaite, de
Denis Podalydès. Et c'est là, que le bât blesse un peu.
C'est que le passage du réel à l'imaginaire ne se fait pas sans certaines répétitions (les allers-retours incessants entre les deux univers) et sans quelques cassures de rythme (on aimerait quelquefois rester davantage de temps avec les étranges animaux de cette ville engloutie qu'est la mare). L'idée était belle de marier ces deux histoires, l'une répondant à l'autre (en observant la nature et ses créatures, les enfants vont finir par mieux comprendre le monde des adultes), mais sur l'écran, elles finissent par se phagocyter l'une et l'autre, nous privant au passage d'un peu de la magie qui avait fait tout le succès de
Microcosmos. Pour autant, le métrage est loin d'être un ratage, les réalisateurs n'ayant rien perdu de leur talent pour capter les situations animales les plus cocasses grâce à leur grand sens de l'esthétisme et leur minutie à trouver les bons cadrages et les lumières les mieux appropriées. Soutenue par une bande-son fascinante mêlant les sons du monde réel (pour faire émerger souvenirs et sensations chez le spectateur) à la fabuleuse musique de
Bruno Coulais,
La Clé des champs (qui a tout de même demandé quatre ans de travail) ne peut qu'inspirer le respect pour la méticulosité de ses auteurs et la fidélité à leur univers singulier et enchanteur.
Malgré un manque de fluidité entre les deux univers qui le composent, La Clé des champs reste un beau moment de cinéma familial.