Attendu au tournant pour son deuxième long-métrage, Nacho Vigalondo transforme l'essai avec un Ovni cinématographique pas comme les autres.
Il y a film concept ET film concept. Ceux qui sous l'impulsion d'une trouvaille (narrative ou visuelle) tentent de camoufler la futilité d'un projet tout sauf original et ceux dont l'astuce du point de départ sont des tremplins vers une exploration hors des sentiers battus. Après
Time Crimes (petit bijou d'écriture inclassable dédié aux voyages spatio-temporels), il était permis de croire que
Nacho Vigalondo arpenterait une seconde fois ce chemin avec
Extraterrestre. Ce qu'il fait évidemment. L'idée : après une soirée bien arrosée, Julio se réveille dans le lit d'une belle inconnue - s'appelant Julia – sans pouvoir se rappeler quoique ce soit sur elle. L'un comme l'autre veulent mettre un terme au plus vite à cette situation dérangeante mais après avoir constaté qu'une immense soucoupe volante plane au-dessus de la ville, les amants d'un soir décident de rester cantonné dans l'appartement. Encore une énième invasion venue du ciel immobilisé dans un cadre domestique ou subjectif (
Signes,
Cloverfield,
Skyline…) ? C'est un peu ce que l'on craint durant tout le premier quart d'heure donnant l'impression d'un court-métrage allant péniblement s'étirer en longueur.
Mais c'était sans compter sur la malléabilité du scénario incroyablement ciselé qui ne tarde pas à faire intervenir un voisin un tantinet harceleur qui s'est énamouré de Julia et le retour d'un petit copain un peu badaud sur les bords allant conduire sur un gros mensonge et les quelques quiproquos d'usages d'un vaudeville mené ici sur un terrain inexploré revigorant. Si
Shaun of the Dead était une comédie romantique avec des zombies, alors
Extraterrestre peut-être décrit comme une comédie romantique de science-fiction, d'une drôlerie implacable et rafraîchissante. Autant grâce au renouvellement perpétuel de situations iconoclastes que grâces aux formidables comédiens sachant donner une vraie consistance à leurs personnages. Figures attachantes dotées d'une dimension humaine et plus complexes qu'elles n'y paraissent. C'est d'ailleurs cette épaisseur émotionnelle pesant de tout son poids à la fin de l'émouvante résolution de cœur, qui permet au film de
Nacho Vigalondo d'échapper à l'étiquette du simple exercice de style stérile. Et même si cela avait été le cas, on ne peut qu'être admiratif devant la maîtrise formelle (discrète mais percutante) de son réalisateur à l'aise et virtuose en toute circonstance malgré un budget semblant ridicule en comparaison de l'ambition modeste affichée. Voilà bien tout le génial paradoxe d'un cinéaste qui s‘impose comme un des talents ibériques qu'il ne faut désormais plus lâcher des yeux.
Extraterrestre est une preuve supplémentaire qu'au cinéma la création ne se mesure pas forcément à l'épaisseur du porte-monnaie et que Nacho Vigalondo est un metteur en scène riche en idée.