Pour son septième film, Emmanuel Mouret continue à nous entrainer dans la complexité des sentiments et les mystères du désir.
Septième film et sixième long-métrage d'
Emmanuel Mouret,
L'Art d'aimer est inspiré du livre éponyme du poète Ovide, sorte de manuel de séduction segmenté en courts chapitres rédigés autour de l'an 1. L'œuvre, qui date de plus de deux mille ans a inspiré le malicieux réalisateur de
Fais-moi plaisir ! qui s'est risqué ici à découper son scénario en petites fables plus ou moins légères qui s'entremêlent, par le biais des personnages, le temps d'un plan ou de plusieurs histoires. Film choral mélangeant actrices fétiches du metteur en scène (
Frédérique Bel et
Judith Godrèche, toutes deux brillantissimes dans un univers qu'elles connaissent bien) et nouveaux venus au jeu inspiré (
François Cluzet,
Julie Depardieu,
Gaspard Ulliel,
Ariane Ascaride…),
L'Art d'aimer reste fidèle aux obsessions « mouresque » (la sexualité et le sentiment amoureux soit la dichotomie corps/esprit) et assoit son auteur dans un paysage singulier, quelque part entre
Eric Rohmer et
Woody Allen.
En effet, ici plus que jamais, on retrouve le plaisir des mots et des dialogues finement ciselées à la
Rohmer (la drôlerie en plus) ainsi que le goût immodéré pour les situations cocasses mais néanmoins subtiles du petit américain à lunettes. Souvent loufoques, parfois tendres et touchants, les segments se suivent, certains découpés en épisodes, d'autres plus isolés dans la construction générale du film. L'efficacité, elle, est toujours présente dans ces sept ou huit histoires qui allient les mots à une réalisation discrète mais parfaitement élaborée en longs plans-séquences qui suivent le déplacement des acteurs et instaurent ainsi une dynamique que l'on n'a pas toujours connue chez
Emmanuel Mouret. Soigné jusque dans sa musique (Mozart, Bach, Schubert pour ne citer qu'eux) et ses décors (d'intérieurs mais aussi de forêt par exemple),
L'Art d'aimer divulgue de multiples façons d'envisager l'amour (spirituellement, physiquement ou… les deux à la fois) et de réinventer le couple. On vous recommandera particulièrement le prologue, bouleversant, le duo
François Cluzet /
Frédérique Bel (qui incarne une femme singulièrement compliquée dans ses rapports avec le sexe) et la dernière histoire, la plus longue, réunissant
Judith Godrèche et
Julie Depardieu et qui réussit le tour de force de faire rire en se terminant sur un plan d'une infinie tendresse qui, à lui seul, résume l'intégralité du film. Bref,
L'Art d'aimer c'est que du bonheur !
Malgré sa construction en séquences qui peut dérouter, L'art d'aimer est une réussite à bien des niveaux (interprétations, dialogues, mise en scène, musique, décors) et, peut-être, le meilleur film d'Emmanuel Mouret à ce jour.