Entre deux REC, Jaume Balaguero délaisse le fantastique pour un thriller pur et dur qui va vous faire changer de regard sur votre concierge.
Dans la famille du thriller, on demande le « home invasion ». En quelque sorte le parent pauvre du genre réduit à brasser les mêmes courants d'air sans chercher à se renouveler comme la récemment prouvé le renfermé
La Locataire.
Malveillance aurait pu se hisser au niveau d'un direct-to-vidéo comestible entre deux vraies péloches de ciné. Mais à l'image de son personnage central, César, le film cache bien son jeu. Derrière les traits d'un concierge serviable et efficace gronde un sociopathe n'ayant qu'une seule idée en tête : pourrir le quotidien des habitants de son immeuble. En particulier le bonheur de la belle Clara, au point de s'acharner dessus sans qu'elle puisse se douter une seconde que tous ses malheurs à venir vont découler de l'antipathie de cet étranger intime dont on se demande « pourquoi est-il aussi méchant ? »
Jaume Balaguero pourrait se contenter de répondre par un banal « parce que » et se laisser porter tranquillement par le flux routinier d'un suspense domestique gratuit s'immisçant vers le grand guignolesque.
C'était sans compter sur la matière grise d'une des têtes pensantes de la franchise
REC (auquel il reprend le cadre immobilier) qui détourne le point de vue habituel porté sur la victime pour cadrer sur son terrible bourreau. Une différence qui change du tout au tout l'appréciation du harcèlement moral (et plus si affinités) de Clara. A commencer par le confort du spectateur obligé malgré lui de suivre dans les moindres détails l'intrusion d'un salaud complet pour lequel
Jaume Balaguero a le génial culot de créer une empathie déviante – presque irrationnelle lors de sa tentative d'évasion de l'appartement de Clara où l'on se crispe à l'idée de voir César se faire alpaguer par le petit ami de la jeune femme. Plus tordu et vicieux que ne laissait imaginer son pitch de départ,
Malveillance se révèle être le portrait dérangeant d'un destructeur maladif porté par l'incarnation maléfique de
Luis Tosar, aussi inquiétant que fascinant, et la sobriété du réalisateur qui rejette tout effet grossier (mis à part peut-être la voisine maître chanteuse, personnage de trop), afin de mieux faire passer le machiavélisme d'un final pervers qu'on croirait hérité des derniers grands thrillers coréens de la décennie passé. Si le cinéma espagnol s'y met lui aussi, on n'a pas fini de trembler devant tant de méchanceté dans les salles obscures.
Probablement le meilleur film de Jaume Balaguero qui, loin du produit tout public, se distingue par une violence psychologique malsaine conduit par l'irrésistible attraction de Luis Tosar.