Quand l'ancien flic Olivier Marchal passe du côté des truands pour sa quatrième réalisation, cela donne Les Lyonnais.
La carrière criminelle de Momon (
Gérard Lanvin granitique) débute lorsqu'il écope d'une condamnation pour le vol d'un cageot de cerises. Plus tard, le petit larcin chèrement payé laissera sa place à des actions beaucoup plus graves dans le crime organisé. Une série de braquages avec lesquels Momon et sa bande défrayeront la chronique dans les années 70 jusqu'à une opération policière de grande envergure allant mettre fin à leurs agissements. C'est là où s'arrête la réalité du « gang des Lyonnais » tel qu'Edmond Vidal la raconte dans son autobiographie reprise par
Olivier Marchal la poursuivant dans le domaine de la fiction pure : devenu un citoyen rangé des caisses, Momon, la bonne soixantaine voit son passé subitement le rattraper lorsque Serge Suttel (
Tchéky Karyo sobre), son ami d'enfance en cavale réapparaît et se fait alpaguer par la police. Sachant que son frère d'arme risque aussi bien l'isolement à perpétuité que d'être abattu par des associés vindicatifs, Momon n'a pas d'autre choix moral que celui d'organiser son évasion. Une décision lourde de conséquences...
Toujours marquée du sceau du polar, la filmographie de l'homme derrière
36 quai des orfèvres et
MR 73 délaisse un temps les tourments du flic pour s'intéresser à son ennemi intime. Un changement radical de point de vue qui ne conduit par forcément Marchal à renier son style. N'en déplaise à ses détracteurs, les répliques salées fusent et l'exacerbation sentimentale (la BO omniprésente) continuent d'imposer la patte d'un réalisateur fidèle à ses principes. Et s'il n'est pas aussi à l'aise parmi les truands qu'avec les agents de l'ordre, l'ancien inspecteur reconverti dans le 7ème art livre tout de même un film enlevé et dense entre reconstitution historique chiadée, guerre des clans brutale et concours de gueules pittoresques. La peinture aurait pu ressembler à une croûte (les clichés du genre sont presque tous là) mais Oliver Marchal ne franchit qu'à de rares moments la ligne du gros trait, affiné par un sens du montage percutant et une aisance affûtée dans la narration d'un récit touffu difficile à manier. D'autant plus que les références empruntées par
Les Lyonnais (qui évoque aussi bien la chronique mafieuse à la
Francis Ford Coppola que la quête rédemptrice à la
Brian de Palma) ne comptent pas parmi les plus dégueulasses du lot. Ce n'est donc pas le moindre des mérites à accorder à Marchal qui n'est coupable que d'avoir négligé la solidité de ses seconds rôles (ça ne lui ressemble pas pourtant), tous légèrement effacés pour les besoins d'un rythme jamais à bout de souffle.
Le nouveau Olivier Marchal est un polar de très bonne facture qui prêchera à coup sûr les convertis à son cinéma et peut-être quelques âmes égarées. Les autres étrangers peuvent passer leur chemin.