L'un des meilleurs films cannois de l'année 2011 arrive tardivement dans les salles françaises. Un mal pour un bien puisque 2012 est l'année idéale pour voir Take Shelter.
Banlieusard, époux et père attentionné dans une Amérique touchée par la crise, Curtis LaForche (
Michael Shannon) résiste aux vents violents économiques et réussi à mener une existence fragile mais tranquille. Vient alors de persistants cauchemars qui le bouleversent. Il le sent : une tempête aux proportions bibliques se prépare. Convaincu que ses visions sont prophétiques, Curtis décide d'aménager l'abri anti tempête au fond de son jardin afin de protéger sa famille ayant de plus en plus de mal à comprendre son comportement. Tout comme son entourage qui le suspecte d'être devenu fou, sans forcément savoir que la mère de Curtis fut atteinte de schizophrénie à son âge… Malade mental ou véritable annonciateur de l'apocalypse ? Si
Jeff Nichols (
Shotgun Stories) joue évidemment de cette interrogation gorgée de suspense,
Take Shelter ne se repose pas dessus pour conduire son récit résolument axé sur la fragilité de personnages pris dans l'actuelle tourmente sociale touchant la middle-class américaine.
Vrai ou pas, l'orage destructeur que pressent Curtis reste la métaphore cataclysmique d'un climat boursier pouvant s'abattre sur n'importe qui. Dès lors, il ne faut pas plus que quelques effets spéciaux habilement intégrés pour souligner les prédictions d'un
Michael Shannon en transe et faire ressentir cette peur intrinsèque à chaque individu dépendant du système capitaliste. Notre monde s'apprête à s'effondrer – d‘une manière ou d'une autre – mais
Jeff Nichols n'a pas besoin de scènes de destructions massives pour faire partager l'angoisse, la solitude et le désespoir de son comédien principal, loin de livrer un cabotinage à la
Jack Nicholson (auquel l'acteur est souvent comparé à tort).
Take Shelter aurait pu trébucher dans ce type d'excès, pourtant, pas une fois le film, aérien et lourd à la fois, ne se laisse séduire par la facilité, préférant toujours la voie de la subtilité et le dépouillement (sans forcément être austère) dans sa construction délicate d'un sentiment paranoïaque qui finit par nous contaminer tout doucement jusqu'à plus nous lâcher longtemps après un dernier tiers éreintant de beauté, d'une puissance émotionnelle profonde et indéfinissable.
Take Shelter s'affiche donc comme l'un des plus beaux reflets de notre époque charnière et comme le premier chef-d'œuvre de cette année 2012, riche en annonces de l'Apocalypse.
Michael Shannon explose dans ce drame indépendant qui confirme le talent de Jeff Nichols. Un grand film.