Goro Miyazaki s’empare de la réalisation de ce nouveau long-métrage de chez Ghibli. La relève est-elle assurée ? Pas si sûr…
Après avoir réalisé deux court-métrages et dirigé le musée Ghibli pendant un certain temps,
Goro Miyazaki, fils du génial Hayao, se voit confié la réalisation de
Les Contes de Terremer, librement adapté des romans d’Ursula K. Le Guin. Arren,
Prince du monde d’Enlad s’enfuit après avoir assassiné son père. Errant dans les plaines désertiques du pays, il rencontre un mage du nom d’Epervier, qui le prendra sous son aile. Durant leur voyage, ils rencontreront Therru, jeune fille à la tête dure, et Tenar, une ancienne connaissance. Ensemble, ils vont tenter de rétablir l’équilibre du monde rompu par un sorcier maléfique.
Goro a des choses à dire, mais le fait maladroitement. Le scénario de ce film n’a pas bénéficié d’un soin particulier. On assiste à des scènes peu captivantes, et qui ne servent pas toujours le fond de l’histoire. Ce fond, justement, n’est pas inintéressant, mais si mal composé qu’on est vite ennuyé par les péripéties de ces personnages. Trop niais dans son ensemble, le film pêche par ce côté naïf, servi de surcroît par des dialogues mous et totalement insipides. On aurait aimé que les personnages soient plus approfondis psychologiquement, au lieu d’avoir affaire à des stéréotypes du genre, qui ne nous apportent pas grand-chose. On nous promet un fantastique voyage, mais finalement, l’histoire se déroule principalement entre une ferme perdue dans les pâturages, et un château mal famé. Les thèmes abordés dans ce film sont fidèles à l’esprit de chez Ghibli, la nature, la ville, la mort, la vie, la dualité de l’être humain, l’espoir. Ici, la jeunesse de Goro se traduit par son empressement à raconter les choses, c’est-à-dire un bouillon d’idées qui se termine en un brouillon mélange, une confusion qui plane sur l’ensemble du film.
Goro emprunte le style graphique si propre au studio Ghibli, donc à ce niveau-là, on n’est pas trop dépaysé. Le jeune réalisateur épure tout de même un peu les traits, pour donner un aspect un peu plus simpliste au dessin, ce qui, par la même occasion, enlève le charme des films du studio, caractérisé par la richesse des décors et la finesse des univers auparavant mis sur planches. De même, on constate que l’animation n’est pas aussi précise et vivante que les anciens films du studio, cela dit, de nombreux plans sont sublimes, mis en scène par des cadrages habiles et des jeux de lumières somptueux, on reconnaît là le talent des artistes de chez Ghibli.
Parti pris ou manque de compétence, le montage est un élément que l’on peine à croire maîtrisé, tant le récit est haché, et le rythme décousu. Le découpage du film, des séquences et des scènes laisse entrevoir une construction assez lâche de l’œuvre. C’est complètement désarticulé, et le spectateur perd vite pied dans ce tourbillon, qui peine à l’accrocher et le captiver. La musique, rarement agaçante, nous offre de beaux moments, avec quelques morceaux superbes, comme ceux de la ville de Hort par exemple. Les deux chansons, interprétées par Aoi Teshima sont également très belles. En version française, les acteurs s’en sortent bien, et soulignons au passage la jolie performance de Françoise Cadol, dans le rôle de Tenar, que les gamers reconnaîtront sans mal, puisque ce n’est ni plus ni moins que la voix de notre chère Lara Croft (Tomb Raider Legend). Goro Miyazaki ne nous offre pas le fameux voyage promis et tant espéré. Les Contes de Terremer oublie la poésie et l’onirisme, et nous sert au contraire un joli moment d’ennui.