Vincent Cassel nous fait une crise de foi dans cette adaptation du roman à scandale de Matthew G. Lewis.
Depuis ses débuts de metteur en scène, remarqués avec
Harry, un ami qui vous veut du bien et poursuivis avec
Lemming (tentative osée de fantastique à la française),
Dominik Moll a toujours été une personnalité marchant sur des œufs. Testant jusqu'à la dernière limite la résistance d'une proposition de cinéma basée sur des ruptures de tons insidieuse ne demandant qu'à craqueler sous le poids d'une maladresse trop appuyée. Si jusqu'ici, le cinéaste avait su manier ses pas (et ses effets) avec beaucoup d'habilité,
Le moine marque son premier échec qui se vautre mollement dans une orgie stylistique ne trouvant jamais réellement sa voie (divine).
A force d'abuser d'une recherche artistique mal définie (entre procédés natifs du 7ème art sentant la naphtaline et excès de kitsch franchouillard) l'illustration du roman gothique de Matthew G. Lewis se vide peu à peu de sa substance anticonformiste et sainement blasphématoire. Qu'importe finalement la perversion pècheresse du frère Ambrosio amorcée par la venue d'un étrange novice dans un couvent espagnol du 18ème siècle, puisque la forme - télévisuelle ou expérimentalement pompière - parasite le fond d'une déchéance œdipienne manquant autant de virulence que de puissance émotionnelle.
Reste malgré tout
Vincent Cassel, impressionnant d'incarnation, d'une rare et insoupçonnée sobriété de jeu qui confère à son personnage débordant de frustrations sexuelles et existentielles cadenassées toute la retenue physique d'une foi spirituelle torturée par le mal des tentations terrestres. Dommage qu'une telle rencontre entre un comédien en continuelle réinvention et l'un des réalisateurs français les plus passionnants du moment n'ait pas reçu la bénédiction de dieu.
L'association prometteuse entre Vincent Cassel et Dominik Moll est loin de trouver l'illumination.