Après un troisième épisode en forme de débâcle, la saga X-Men reprend-elle du poil de la bête avec ce spin-off sur Wolverine ?
Confiscation des appareils d'enregistrements (appareils photo, portables, ordinateurs, dictaphones…), signature d'une clause de confidentialité absolue avant une date précise, encadrement par un parterre de vigiles… la
20th Century Fox a mis en place un important dispositif de sécurité, pour être certaine que rien ne filtre, avant l'heure de la projection de presse de l'attendu (et redouté)
X-Men Origins: Wolverine. Des précautions prises pour s'assurer que des éléments du film ne soient pas diffusés illégalement sur la toile comme ce fut le cas d'une copie de travail avancée, quelques semaines avant la présentation à la presse. Mesures louables donc même pour le journaliste n'appréciant pas ce climat de méfiance généralisée qu'il doit subir lorsqu'il s'agit d'aller visionner la dernière superproduction du moment. De manière innocente et tout à fait légitime, on peut se demander si les majors et les distributeurs ne profitent pas de la situation pour museler l'opinion des professionnels de la critique avant la sortie nationale du blockbuster, en cas d'avis défavorable majoritaire à l'encontre de leur poulain destiné à remplir les salles obscures.
Comme si nous possédions réellement ce pouvoir décisionnel sur le public. La profonde nullité du troisième opus de la saga X-Men, signé par
Brett Ratner, l'a-t-elle empêché de devenir un triomphe planétaire il y a trois ans ? Peu importe le nombre de commentaires négatifs concernant cet épisode alternatif à la trilogie, entièrement dévolu à l'histoire du mutant griffu. Cela n'empêchera sûrement pas les gens de se ruer en masse pour assister à la genèse de Logan sur grand écran. De la tragique mort de son père jusqu'à sa totale perte de mémoire, en passant par sa relation conflictuelle avec son frère psychopathe Victor Creed (Dent-de-sabre), sa romance contrariée avec Silver Fox et son intégration au sein du projet Weapon X qui contribuera à lui fournir ses fameuses lames en adamantium… Soient de nombreux passages cruciaux et moments forts espérés par les fans de la bande dessinée, qui malgré tout devraient être particulièrement insatisfaits de cette lecture comprimée, en surface et sans relief de la vie du super héros. Une fois passés un générique guerrier et une entrée en matière du commando dirigé par William Stryker plutôt prometteurs, arguant un divertissement recevable à défaut de s'annoncer irréprochable dans sa confection, l'ensemble part progressivement à la dérive.
Rapidement,
X-Men Origins: Wolverine dévoile sa vraie nature : c'est-à-dire un retour aux sources purement illustratif dans la mise en place et la conclusion des séquences primordiales du récit, réduit à un défilé de mutants célèbres, auxquels il n'est pas permis de dépasser le stade d'apparitions « guests stars » et de clins d'œil abusifs dans l'unique but de satisfaire bassement les foules (cf. le syndrome Angel dans
X-Men 3 : L'affrontement final). Pas le temps de s'attarder sur la psychologie des protagonistes et du complet développement des situations et événements trop nombreux pour tenir en à peine deux heures de bobine, empressées de délivrer de brèves scènes d'actions qui n'exploitent que furtivement l'agressivité et la brutalité intrinsèque de Wolverine et de ses comparses. « Libère l'animal » entendons-nous fréquemment, ce n'est pas pour autant que le trop sage et maniéré
Gavin Hood se décide à lâcher la bête au cours d'affrontements de cartoon édulcoré par un PG-13 encombrant et des effets spéciaux à la qualité parfois embarrassante. Pour voir le Serval de papier furieusement barbare, bestial et sauvage, il faudra de nouveau repasser ultérieurement. Le plus tard possible, sans doute.
Au bout du compte, il n'y a que
Hugh Jackman - toujours à l'aise dans les baskets d'un
Clint Eastwood de BD - et
Liev Schreiber assurément le mieux employé, crédible et rôdé parmi l'énorme lot d'êtres surnaturels proposés : Le Blob est tout simplement ridicule, Gambit terne à souhait et sous-employé à l'instar de Deadpool dont la version ciné respecte assez peu l'originale. Encore une adaptation de comics ratée à mettre au discrédit de la Fox (le même studio ayant réenclenché intelligemment la tendance des films de supers héros il y a cela presque dix ans avec
X-Men) se refusant à comprendre, au nom du sacro-saint dollar, qu'un réalisateur compétent, connaisseur et détenteur d'un vrai regard analytique et artistique sur le matériaux transposé et d'une liberté de création suffisante, restera l'unique moyen de convaincre conjointement la population geek et une audience moins exigeante.
Inutile de feindre la surprise, ce X-Men Origins : Wolverine est à peu de chose prêt l'échec qu'on pouvait légitimement attendre de la part d'un studio comme la 20th Century Fox : soit une adaptation commercialement futile, formatée, réductrice et superficielle à l'égard du matériel originel.