Après son incursion américaine que fût Crimes à Oxford, Alex de la Iglesia revient en Espagne avec l'exubérant Balada Triste.
L'enfant terrible du cinéma espagnol est de retour dans sa contrée ! Assez décevant, son
Crimes à Oxford n'était pas aussi flamboyant qu'attendu et a laissé sur leur faim bon nombre de fans du metteur en scène, révélé en 1997 par
Le Jour de la bête. Le revoir aux commandes d'une production issue de sa terre ayant reçue un Prix Spécial du Jury à la Mostra de Venise et glané 2 Goyas (l'équivalent des César espagnols) avait donc de quoi aiguiser la curiosité ! Le film nous ramène dans l'Espagne de 1937, au temps de la Guerre Civile. On suit deux clowns qui vont se battre pour avoir les faveurs d'une belle trapéziste. Ce qui va commencer comme une banale querelle amoureuse va se finir en bataille sanglante aux frontières de la folie.
Il n'y a pas de doutes, avec ce
Balada Triste, on retrouve le
Alex de la Iglesia bouillonnant ! Certains auront tôt fait de dire « trop bouillonnant » et en l'état ils n'auront pas totalement tort. Vivifiant, frondeur, poétique, le film pourra aussi être targué d'assez bordélique, surtout lors d'une première partie où tout s'enchaîne à une vitesse folle, ne laissant pas le temps au spectateur de prendre son souffle et plongeant parfois dans des situations convenues un peu embarrassantes. Et pourtant, petit à petit, cette sauce aussi folle que douce par l'attachement et la considération apportée à ses personnages commence à prendre pour laisser exploser ses saveurs en bouche. Avec une énergie qu'il gagnerait il est vrai à canaliser,
Alex de la Iglesia parvient à mêler la petite histoire dans la grande, faisant résonner sa lutte des cœurs avec la situation tendue du pays, qui nous est restituée à travers l'insertion de quelques flashs d'information télévisés. Ainsi, la lutte des deux clowns vire au bain de sang à l'instar de ce qui se passe dans les luttes armées du pays, le metteur en scène dénonçant alors avec ingéniosité les conditions terribles dans lesquelles vivait le peuple à cette époque.
Il propose également avec
Balada Triste un véritable conte de fées désenchantée au sein duquel deux princes pas charmants du tout s'étripent pour les beaux yeux d'une princesse à la psychologie plutôt instable. On se retrouve alors devant un enchaînement de situations édifiant dans ce film jonché de scènes comiques (l'humour noir est un trait de caractéristique du cinéma de
Alex de la Iglesia) qui s'effaceront face à un final où les clowns aussi effrayants que pathétiques auront définitivement fini de faire rire. Le metteur en scène livre donc avec
Balada Triste un film profondément pessimiste dans lequel il fait encore une fois preuve de son sens de l'esthétique pour livrer bon nombre de scènes visuellement marquantes. Et tout cela avec l'appui de comédiens impressionnants dont la force d'interprétation renforce la plongée dans ce monde fou aussi déstabilisant qu'excitant.
Alex de la Iglesia revient débordant d'énergie (peut-être un peu trop) pour livrer un film aussi déstabilisant que vivifiant.