A défaut de se hisser au niveau de l'original, Hara Kiri : mort d'un samouraï prouve en quelque sorte la modernité toujours vive de celui-ci.
Pour le cinéphile averti, regarder
Hara-Kiri : mort d'un samouraï, remake du chef-d'œuvre (presque) homonyme de
Masaki Kobayashi, c'est un peu subir les mêmes doutes et interrogations que devant le
Psycho de
Gus Van Sant. Où est l'intérêt ? Qu'est ce que le réalisateur a cherché à faire en recopiant cet immense classique du 7ème art qui se suffisait amplement à lui-même ? Car contrairement à ce qu'on pouvait attendre d'un trublion déjanté comme
Takashi Miike, le film n'a rien d'une modernisation déglinguée ou de la relecture furieuse espérées d'une perle du jidai-geki (production en costume nippone). Bien au contraire, tout semble avoir été fait pour ne pas dévier d'un pas sur les traces laissées par son glorieux aîné – à l'exception près de la couleur et d'une 3D en toc que l'exploitant français a choisi sciemment d'oublier après son four cannois. Tout y est, rien ne manque. De la construction narrative montée sur un flash-back central aux thématiques contestataires contre l'aveuglement déshumanisé du traditionalisme japonais symbolisé dans la rébellion sacrificielle du sabreur Hanshiro.
Le public le plus jeune pourra peut-être y découvrir l'audacieux script de ce film d'action immobile (dans l'original la fureur et la violence peuvent émerger à n'importe quel moment) mais
Hara-Kiri : mort d'un samouraï ne s'adresse pas à la nouvelle génération pour qui certainement la tempête compte davantage que le calme qui la précède. Tout le problème est là, on ne sait pas à qui se destine cette refonte en forme d'hommage reprenant à la lettre les fondements de l'œuvre de 1962 sans être pourvu de son pouvoir de fascination. La mise en image géométrique et suffocante de Kobayashi et l'interprétation fiévreuse de Tatsuyada Nakadai nous scotchait pendant plus de deux heures, alors que Miike et son acteur Ebizo Ichikawa patinent pour retenir l'attention passé une demi-heure. Et même le point d'orgue (le combat final) justifie mollement l'attente de voir le réalisateur démontrer toute sa maîtrise formelle restée pour le coup dans son fourreau.
On sait que le cinéma de Takashi Miike peut faire preuve de retenue mais ce n'est pas le sage et professionnel formaliste qu'on espérait voir signer ce remake finalement trop docile et dévoué à l'original pour justifier son existence.