Hellboy est de retour dans une suite et signe de nouveau départ pour la carrière de son réalisateur dans le spectacle (très très) grand format.
Guillermo del Toro n'a jamais vraiment caché que son Hellboy premier du nom ne fût pas complètement l'œuvre qu'il avait tant désirée depuis longtemps : budget limitant ses ambitions, amplifié par un studio encadreur imposant ses dictats commerciaux (en outre la présence du sidekick humain John Myers pour donner un point de repère au public)… D'où le besoin pour notre mexicain préféré de retrouver son gros cornu rouge dans une suite digne de ce nom et de lui offrir enfin l'écrin éclatant qu'il méritait. En cela,
Hellboy II les légions d'or maudites est une totale réussite.
Cette fois-ci, le fils du diable doit affronter le prince rebelle d'un royaume invisible, réfugié sous terre, décidé à rompre le pacte pacifique unifiant les deux camps en contrôlant les soldat mécaniques d'une ancienne armée légendaire invincible, endormie depuis des siècles. Les choses se compliquent lorsque Hellboy, dont l'existence a été rendue publique, se voit rejeter par ceux qu'il défend, le poussant à remettre en question son action contre Nuada.
Résumer ce second Hellboy par une pluie de qualitatifs, le décrire comme un croisement entre la fureur martiale de
Blade 2 et la poésie ténébreuse du
Labyrinthe de Pan ne suffirait évidemment pas à rendre pleinement compte de la générosité débordante d'un auteur désirant en premier lieu offrir à nos yeux un somptueux spectacle ininterrompu de deux heures où chaque séquence possède son moment de bravoure (les affrontements avec le dieu végétal, le combat contre le prince Nuada et bien sûr contre l'armée d'or…) destiné à scotcher les mirettes de n'importe quel amoureux du fantastique et des monstres. A titre d'exemple on ne peut que citer l'épisode du marché des trolls et son incroyable bestiaire de bêbêtes en tout genre (presque entièrement dénué d'images de synthèse) rappelant par bien des égards la mémorable découverte de la cantina de Mos Eisley dans
Star Wars, incrusté cette fois-ci dans un univers de dark heroic fantasy.
Dans
Hellboy II les légions d'or maudites, le réalisateur rompt avec les ambiances gothico-urbaines du précédent opus, l'inscrivant au fur et à mesure de son récit dans une réalité parallèle nourrie d'influences disparates allant des contes de fées à un melting-pot de cultures (architecturales, vestimentaires, cinématographiques…) rarement aussi bien enchevêtrées. Comme la petite Ofélia fuyant le monde des humains par son imagination, Anung un Rama et sa team de choc du BPRD vont peu à peu s'éloigner d'une humanité rejetant leurs différences, car dans la tête de
del Toro le véritable monstre n'est pas celui à l'apparence difforme. En démontre l'empathie ressentie envers le tragique prince Nuada (
Luke Goss dans un rôle jumeau de celui de Nomak qu'il tenait dans
Blade 2) et sa quête désespérée pour la sauvegarde de son espèce millénaire, contre son éradication provoquée par l'action irréfléchie et la nature destructrice de l'Homme sur son environnement. L'allégorie faite avec l'actuelle situation écologique n'est forcément pas casuelle et constitue une bonne antenne au milieu des figures et préoccupations del torriennes.
En faisant de ce
Hellboy II les légions d'or maudites une séquelle divergente de l'original (l'humour y est beaucoup plus accentué),
Guillermo del Toro s'est rapproché du mix parfait entre entertainment pur jus et cinéma d'auteur que l'on avait espéré de lui et fait la démonstration indéfectible qu'il est l'homme rêvé pour diriger
The Hobbit, promis à être un projet tout simplement dantesque. L'arrivée de décembre 2011 va paraître une éternité.
Une séquelle « bigger, faster et stronger » avec un cœur gros comme son héros, ne sabordant jamais son âme et sa poésie sur l’autel du divertissement détonnant. Pouvez t-on attendre moins de Guillermo del Toro ?