Nouvelle adaptation du classique de la littérature enfantine de E .B White, paru en 1952, Le Petit monde de Charlotte ne convainc pas totalement.
C’est l’histoire de Wilbur, 11ème cochonnet condamné de la portée, d’abord recueilli et élevé par la petite fille du fermier, Fern, pour ensuite intégrer une grange où il rencontrera - entre autres - l’araignée Charlotte qui lui promet de le sauver de la rôtissoire hivernale.
Le problème majeur du film tient à ce pitch de départ. Comment une araignée peut-elle sauver un cochon d’une mort certaine ? En tissant sur sa toile des mots censés amadouer le fermier, qui épargnera ainsi cette innocente bête, bien évidemment. Ce qui marchait dans un livre pour enfant dans les années 50 nécessitait une adaptation fine et intelligente afin de passer l’épreuve du temps. Ce n’est malheureusement pas le cas, car malgré le travail de
Karey Kirkpatrick (
Chicken Run,
James et la pêche géante…) et
Susannah Grant (
Erin Brokovich,
Pocahontas…), habitués à ce genre d’œuvre, le film n’arrive pas à se détacher de la structure vieillotte imposé par
Earl Hamner Jr. respectant scrupuleusement le chapitrage du livre et faisant des péripéties de l’histoire une succession de vignettes à la limite du remplissage au dépend d’une réelle progression narrative. Les séquences de visite chez le médecin (introduisant les thèmes de l’enfance et de la fin de l’innocence) ou les aventures des corbeaux - cependant plaisantes – en sont le parfait exemple.
De plus, l’œuvre originale véhicule des valeurs chrétiennes assénées ici avec un tel didactisme qu’elles en perdent tout impact, finissant même par nuire au récit. On y retrouve donc : l’amitié, la loyauté, la tolérance, le sacrifice, l’humilité, le miracle de la nature ou encore le cycle de la vie. Fort heureusement, le film est sauvé par une direction artistique impeccable. Ainsi
Gary Winick, n’ayant jusqu’à alors rien réalisé de notable, développe une mise en scène ludique, sans fautes de goût majeures, aidée par une belle photographie signée
Seamus McGarvey (
World Trade Center,
The Hours,
Sahara…) et soutenue par la musique du toujours aussi efficace
Danny Elfman. Les effets spéciaux sont tout aussi remarquables, à un flip arrière de cochon prêt, mêlant animatroniques et CGI.
On peut ajouter à cela un casting au poil parvenant à donner corps aux animaux : de
Julia Roberts dans le rôle piège de Charlotte, à
Robert Redford en cheval arachnophobe, en passant par les trop rares
John Cleese (Samuel, le mouton écossais) et
Steve Buscemi (le rat Templeton), jusqu’au succulent corbeau campé par
André Benjamin, sans oublier
Abraham Benrubi en gros porc oisif et
Sam Shepard à la narration. Petit bémol concernant
Dakota Fanning au jeu trop mature pour ce genre d’histoire, hormis lors de quelques scènes à l’interprétation plus spontanée lors de la fête foraine, comme si Hollywood lui avait déjà retiré une part de son innocence. A noter également les sublimes génériques d’ouverture et de clotûre. Ces qualités parviennent finalement à faire du petit monde Charlotte un conte à la fois drôle, sans éviter les sempiternels pets dont les enfants sont semblent-ils friands, et poétique à l’image de l’envol final des araignées. Un plaisant et joli divertissement, malheureusement entravé par une structure archaïque.