Cinq ans après Le Placard, François Pignon, le héros récurrent de Francis Veber, est de retour sur les écrans sous les traits de Gad Elmaleh.
Le revoilà ! Cinq ans qu’on n’avait plus vu François Pignon sur les écrans depuis
Le Placard dans lequel il était incarné par
Daniel Auteuil qui succédait à l’inoubliable
Jacques Villeret dans
Le Dîner de cons. La lourde tâche d’interpréter ce personnage culte dans le paysage de la comédie française revient cette fois à
Gad Elmaleh, comique que le public avait plébiscité en salles dès ses débuts dans
Chouchou. L’acteur, qu’on a vu depuis seulement dans le peu mémorable
Olé !, campe un François Pignon un peu moins « con » qu’auparavant, juste un peu benêt, et s’en sort avec les honneurs même si ce n’est pas dans ce rôle qu’il peut faire exploser son réel talent. Dans ce nouvel opus,
Francis Veber nous raconte l’histoire du milliardaire et chef d’entreprise Pierre Levasseur qui est surpris par un paparazzi en train de se disputer avec sa maîtresse, Elena, une top model très connue. Pour tenter d’éviter un divorce qui pourrait causer sa perte et celle de son entreprise, il met au point un stratagème visant à faire croire qu’Elena vit avec François Pignon, un modeste voiturier qui avait le malheur de passer par là au moment où le couple a été pris en photo. Pignon va accepter le contrat contre de l’argent dont la femme qu’il aime a besoin. Pour pouvoir accueillir Elena chez lui, il va également devoir demander à son ami Richard de quitter l’appartement.
Depuis le dernier opus pignonien,
Francis Veber nous avait livré en 2003 un
Tais-toi ! assez mitigé qui faisait plutôt étalage d’un comique routinier sans grande originalité. Force est de constater que pour
La Doublure, celui-ci a retrouvé quelque peu sa verve d’antan. A l’instar de ses derniers films, la durée est assez restreinte (1h20) et permet au métrage, grâce à un tempo soutenu, de passer à toute allure. Certes, le scénario n’est pas forcément très élaboré et
Francis Veber s’en sert pour décrire de façon assez simpliste un monde bipolaire où les riches sont méchants et sans cœur et les moins riches victimes de leurs méfaits. Même si cela s’inscrit assez bien dans le contexte social actuel, l’histoire brosse quand même gentiment le spectateur dans le sens du poil et fait que le film est très propre sur lui, limite calibré pour le prime-time de TF1. On est ici dans une sorte de grande comédie de luxe, sentiment renforcé par un casting rempli de tout ce qui se fait de plus populaire, dans le bon sens du terme, avec une pléiade d’acteurs renommés.
Même si le métrage multiplie les personnages, chacun y trouve ici son compte et l’on retrouve les valeurs sûres que sont
Daniel Auteuil et
Richard Berry. Les autres ne sont pas en reste, et sortent légèrement du lot :
Dany Boon, sympathique en ami jaloux, et
Michel Aumont, irrésistible en médecin encore plus malade que ses patients. Les belles et talentueuses
Kristin Scott Thomas et
Virginie Ledoyen trouvent des rôles un peu plus effacés mais parviennent néanmoins à donner suffisamment d’ampleur à leurs personnages. Reste donc le cas de
Alice Taglioni, personnage central du film, qui, si elle endosse parfaitement le rôle de la top-modèle à la beauté froide, a un peu plus de mal lors de passages dialogués où on la sent pas forcément très à l’aise.
Heureusement,
Francis Veber a soigné les dialogues qui sont très souvent drôles, voire même très drôles. La bonne ambiance entrevue lors des making-of promotionnels transpire vraiment à l’écran tant on sent que tout ce petit monde a pris du plaisir à jouer ensemble. C’est tellement flagrant que ça en devient communicatif et, lorsqu’on ne rit pas, c’est le sourire qui nous colle au visage tout au long de ce vaudeville enjoué. Les situations rocambolesques s’enchaînent avec une certaine efficacité et
Gad Elmaleh arrive à rendre son personnage assez naturel et attachant, ce qui fait que le phénomène d’identification joue à fond. En effet, comment vous sentiriez-vous si vous étiez obligé de dormir avec une superbe top-modèle alors que vous êtes amoureux d’une autre fille ? Même si le film glisse parfois à la limite de la comédie sentimentale, il le fait sans être gnangnan ni trop fleur bleue et l’utilise même pour mieux nous faire rire à travers des scènes de la fausse vie du couple Pignon/Elena. Dans le genre de la comédie populaire française, La Doublure est à mettre dans le haut du panier grâce à des dialogues savoureux et des situations cocasses bien souvent irrésistibles.