Avec Même la pluie, le scénariste attitré de Ken Loach fait une infidélité à son réalisateur mais pas à ses principes.
Venu en Bolivie tourner un long-métrage d'envergure sur Christophe Colomb, le réalisateur Sebastian et son producteur Costa font la rencontre de Daniel, un ouvrier de la région au caractère bien trempé désireux de se faire engager comme figurant dans le film. Tout se passe pour le mieux jusqu'à ce que l'application de la privatisation de l'eau ne vienne mettre le feu aux poudres auprès du peuple, perturbant ainsi le travail de toute l'équipe…
Partant d'une mise en abîme un brin épaisse mais qui heureusement réussit à éviter le symboliquement pompeux,
Même la pluie est un touchant pamphlet social dans la veine des œuvres de
Ken Loach auquel
Iciar Bollain emprunte d'ailleurs le scénariste
Paul Laverty. On y retrouve donc les qualités et faiblesses de ce type de cinéma engagé qui, sous couvert d'une prise de conscience d'individus face à une situation dont ils sont étrangers, dénonce méthodiquement une triste réalité de notre société moderne (la capitalisation des ressources naturelles du sud au profit des compagnies économiques du nord). Le message politique est là, appuyé par une solide parabole (au gré de l'histoire l'eau a remplacé l'or comme matière première d'exploitation de l'Amérique latine), interrogeant intelligemment la place du cinéma au cœur de la tragédie humaine qui le nourrit et de sa capacité à devenir le reflet fictionnel de problèmes tangibles.
L'un des autres pièges évités par
Même la pluie est celui du parcours émotionnel des personnages qui, s'il ne peut s'empêcher de tomber dans quelques schémas faciles (dur d'imaginer qu'un protagoniste aussi ancré dans une pensée égoïste et occidentale que celui de Costa ne retourne sa veste), a l'avantage de semer le doute parmi les actions de chacun, plus que de juger réellement la trajectoire morale qu'emprunteront Sebastian et Costa. De poser des questions sans essayer d'apporter des réponses toutes faites, diffuseuses d'un manichéisme primaire. En cela, l'interprétation subtile de deux comédiens aussi doués que
Gael Garcia Bernal et
Luis Tosar ne fait que renforcer cette impression.
Un pamphlet social qui se regarde avec intérêt grâce à son point de départ et à une paire d'acteurs captivants.