Michael Mann, à la production, et Peter Berg, à la réalisation, vous emmènent dans Le Royaume, au coeur d'une enquête à hauts risques.
Les terribles attentats du 11 septembre 2001 ont enclenché toute une série de films plus ou moins politiques prenant place au Proche ou Moyen Orient. Dans cette mouvance, voici
Le Royaume, film dont la sortie a été repoussée pendant presque une année avant d'arriver enfin sur les écrans. Produit par un maître du polar,
Michael Mann, le film est dirigé par
Peter Berg, touche-à-tout capable de porter plusieurs casquettes, et dont la réalisation la plus remarquée fut la comédie noire
Very Bad Things. Nous voici donc cette fois en Arabie Saoudite, où un horrible attentat est commis dans une zone résidentielle occidentale, faisant plus de 100 morts. Ayant perdu un de leur collègue, une équipe d'agents spéciaux du FBI se rend en toute discrétion sur les lieux, bien décidée à trouver le responsable. Ils collaboreront pour cela avec les forces armées du pays.
Le Royaume débute par une séquence d'ouverture didactique, dynamique et efficace retraçant l'historique des relations entretenues par l'Occident et l'Arabie Saoudite au fil des années. Ce procédé permet au spectateur d'être tout de suite plongé au cœur du film, en permettant de mieux évaluer à quel point cet espace est d'une importance primordiale dans le fonctionnement économique du monde moderne, notamment par sa situation de producteur de pétrole. A l'instar de quelques films sortis ces derniers temps (
Lord of war,
Blood Diamond…),
Le Royaume joue la double carte du film révélateur et éducatif sans oublier un sens du divertissement et de l'action propre aux blockbusters hollywoodiens.
Au détour d'une séquence finale et d'une morale bien senties, le film démontre et dénonce – et c'est sa force - les agissements terribles des organisations extrémistes, au même titre qu'il dépeint, par le biais de l'équipe d'agents partis sur place, des américains à l'interventionnisme pas forcément des plus appréciables, dénoncé au détour d'une phrase prononcée par
Jamie Foxx qui met les deux « camps » au même niveau. Il pointe finalement du doigt la propension de l'être humain à utiliser les solutions guerrières pour régler les problèmes. En ce sens, le film peut très bien être vu comme une parabole sur les interventions américaines armées récentes, le plus souvent ratées.
En dehors de cela,
Le Royaume s'attache quand même plus à soigner la forme que le fond, et le fait plutôt bien. Malgré une interprétation fluctuante entre un
Jamie Foxx appliqué et une
Jennifer Garner au rôle trop étriqué, le film est prenant, si on le prend au premier degré comme un thriller d'action, bien qu'usant de certains raccourcis et facilités scénaristiques (l'équipe d'américains perspicaces face aux forces armées arabes négligentes…) rapidement compensés par un rythme soutenu. En effet, pour mieux coller aux basques de l'équipe d'agents spéciaux,
Peter Berg opte pour une mise en image caméra à l'épaule dans ses scènes d'action, comme on a pu en voir avec le travail de
Paul Greengrass pour
La Vengeance dans la peau. Malheureusement, le réalisateur semble moins bien maîtriser la technique que son compère et la moitié des scènes d'action frisent l'hystérie, où l'on ne voit pas vraiment tout ce qui se passe. A force de vouloir donner un métrage énergique,
Peter Berg en fait un peu trop, au risque de perdre le spectateur. Néanmoins, on ne pourra pas lui enlever une certaine réussite dans la montée progressive de la tension au fur et à mesure que le film avance, l'action gagnant en intensité jusqu'à un affrontement final assez saisissant. Malgré une réalisation par moment un peu brouillonne, Le Royaume se regarde comme un film d’action d’assez bonne facture lié à une petite réflexion plus profonde qu’il n’y paraît sur la propension de l’homme à vouloir régler ses comptes par les armes.