Violent, sexiste et sans scrupules, le tueur à gages Boogie débarque sur nos écrans. Mais ne vous y trompez pas, cela n'est pas du tout sérieux.
Dans le domaine des films d'animation pour adultes, on a surtout retenu les brillants essais de
Ralph Bakshi et de
Picha. En effet, même si il est aujourd'hui un peu daté, son
Fritz The Cat déluré et obsédé par le sexe permit à
Ralph Bakshi d'accoucher en 1972 du premier « dessin animé » classé X par la MPAA, la redoutable commission de censure américaine. S'ensuivirent d'autres métrages moins percutants comme
Le Seigneur des anneaux- 1978 – ou
Tygra, la glace et le feu - 1983-. C'est à la même époque que le Bruxellois
Picha s'est illustré, pour sa part, avec ses films d'animation parodiques singeant Tarzan (
La Honte de la jungle - 1975) ou Darwin (
Le Chainon manquant - 1980). Depuis, la véritable transgression s'est peu à peu éteinte et rares sont les films d'animation qui prennent le sexe ou la violence comme moteur narratif,
Blanche-Neige, la suite, le dernier métrage réalisé par
Picha en 2007, s'étant, par ailleurs, révélé carrément décevant. On attendait donc la relève avec un espoir devenu surréaliste après le passage trop sage des deux dernières décennies et alors qu'on n'y croyait plus vraiment, c'est à un jeune homme de 52 ans,
Gustavo Cova, qu'on doit la première apparition sur grand écran du personnage de bandes dessinées argentin,
Boogie, créé en 1972 ( !) par le romancier et dessinateur,
Roberto Fontanarossa. A la vue du métrage, on se dit qu'il était grandement temps que le politiquement correct aille se faire voir ailleurs.
Boogie est un tueur à gages sanguinaire, sexiste et sans foi ni moral, qui, après avoir activement participé à la guerre du Vietnam, est devenu phallocrate et raciste, n'aimant rien moins que transgresser les lois et faire la nique à tous les empêcheurs de tourner en rond (et la liste est longue, de son ennemi juré Jim Blackburn qui tente de lui dérober le titre du tueur le plus vicieux des Etats-Unis, à la pacifiste luttant contre la consommation de cigarettes en passant par la nounou qui a le malheur d'en connaître trop sur son enfance). Bizarroïde croisement entre les personnages interprétés par
Humphrey Bogart et l'
Inspecteur Harry de Don Siegel,
Boogie fait gicler le sang sur l'écran toutes les deux minutes dans ce métrage jubilatoire dont la violence ne choquera que les esprits bien-pensants. Avec un grand sens de l'esthétisme fait de couleurs matinées d'ombres inquiétantes,
Gustavo Cova dresse un portrait apocalyptique et déjanté d'une ville (New-York) en proie aux affects laissés par les nombreuses guerres auxquelles l'Amérique a participé. Aussi, dans
Boogie la violence est partout et pas seulement dans les agissements de son personnage principal comme nous le prouve tous ces détails hilarants qui tendent à montrer que, quelles que soient les figures présentes au premier plan, il y a toujours quelqu'un à supprimer dans le champ, que ce soit des humains (souvent déshérités : Jeunes Blacks des banlieues, SDF…) ou des animaux (chien, chat, lapin, coq, bref, tout un bestiaire !).
Si malgré toute la cruauté dont il fait preuve,
Boogie nous reste attachant, c'est qu'il a la même fonction exutoire que les rêves et libère sur l'écran toute la violence (si minime soit elle) qui nourrit notre subconscient. Pas étonnant donc que le métrage de
Gustavo Cova reste jouissif pendant près de 85 minutes et on pardonnera aisément à son auteur quelques plans empruntés au
Sin City de
Frank Miller et
Robert Rodriguez, une action qui patine légèrement en milieu de narration ou encore un mélange 2D/3D pas toujours convaincant sauf lors de flash-backs nous replongeant dans l'horreur de la guerre. Malgré ses quelques défauts,
Boogie reste un film d'animation totalement fun et décomplexé qui sait allier un univers graphique inspiré (osant des références au peintre Edward Munch, à
Walt Disney, au cinéma de
Sergio Leone ou
Francis Ford Coppola, aux séries américaines des années 70 – rien que ça ! -) à un récit particulièrement cinglé dans lequel tout peut arriver que cela soit des poursuites de voitures abracadabrantes, des scènes de combat rondement menées ou même un massacre dans une chambre de tribunal (ce qui avouons-le, n'est pas banal). La VF pour laquelle
Liane Foly a prêté sa voix au terrifiant tueur à gages devrait encore être un atout supplémentaire pour savourer ce délirant cocktail de rires et de sang. Alors, faites confiance à
Boogie, el aceisto, (en français, Boogie l'huileux), le
Dirty Harry argentin.
Graphisme globalement original, violence exutoire déclenchant les rires, Boogie est un concentré d'animation menant la vie dure au politiquement correct. On ne s'en plaindra pas !