Après son virtuose Ghost Writer, Roman Polanski s'amuse à filmer deux couples de bourgeois new-yorkais en train de péter les plombs.
Après le succès colossal et mérité de
The Ghost Writer,
Roman Polanski a décidé d'adapter la pièce de
Yasmina Reza, « Le Dieu du carnage » qui a été créée à Paris en janvier 2008 avec, entre autres,
Isabelle Huppert et
Eric Elmosnino. Très proche de la pièce d'origine (l'auteure elle-même a collaboré à l'adaptation avec le célèbre réalisateur polonais),
Carnage regroupe la plupart des grands thèmes chers au réalisateur de
Chinatown : la paranoïa bien sûr mais aussi l'aliénation, l'absurdité de la vie ou encore le voyeurisme. L'enfermement, c'est celui du
Couteau dans l'eau, de
Répulsion, de
La Jeune fille et la mort déjà adapté d'une pièce préexistante ou encore de
Lunes de fiel et son « claustrophobique » bateau de croisière. Ici, en choisissant de filmer avec fidélité la pièce en question, le metteur en scène enferme littéralement ses quatre personnages (deux couples new-yorkais très bon chic, bon genre au caractère diamétralement opposé) en respectant les trois règles d'unité héritées du théâtre antique : unités de temps, de lieu et d'action. Ainsi, toute l'action du film se passe en temps réel (1h15), en un seul lieu (un bel appartement scindé en trois décors : le salon, la cuisine et la salle de bain) et toutes les actions des personnages contribuent à l'évènement principal (ici, une lente mais sûre montée vers l'hystérie collective).
Au départ, les deux couples sont mis en présence pour régler un litige lié à leurs enfants : celui des Cowan (interprétés par
Kate Winslet et
Christoph Waltz) a battu et cassé deux incisives à celui des Longstreet (
Jodie Foster et
John C. Reilly). En fait, cette base scénaristique va servir, tout au long du métrage, à démonter l'image lisse des protagonistes pour montrer la cruauté des êtres et leur part monstrueuse. Proprement paranoïaque (l'idée que chez chaque personne se cache un monstre est, en quelque sorte, schizophrénique),
Carnage se joue des apparences, la violence verbale, les récriminations haineuses se déchainant au fur et à mesure que la vérité des protagonistes se dévoile, vérité liée à la mentalité occidentale, à son consumérisme (le téléphone portable d'Alan Cowan, les livres d'art de Penelope Longstreet) et à un orgueil érigé en tant que valeur (en gros, se laisser faire, c'est déjà être lâche, se laisser désigner en tant que coupable, c'est déjà l'être aux yeux des autres). Véritable jeu de massacre réjouissant mêlant humour, loufoquerie et drame réaliste,
Carnage est affreusement amusant d'autant plus que ses quatre acteurs (tous impeccables) s'en donnent à cœur joie. Malgré une mise en scène inspirée qui évite tout statisme, il manque au film une véritable chute mais son générique final à la
Haneke (qui consiste à chercher l'élément à voir dans la scène – conférer
Caché) laisse à penser que malgré la violence physique dont ils sont parfois capables, les enfants sont bien plus sages que les adultes.
Malgré bien des atouts (drôlerie, jeu des acteurs, mise en scène dynamique…), Carnage reste un film mineur pour Polanski surtout après le formidable Ghost Writer.