Deux acteurs célèbres et un sujet original font-ils un bon film ? l'équation n'est pas si évidente.
Dans les années 40, Manuel Laureano Rodríguez Sánchez, dit Manolete, est une légende dans le monde de la corrida. Objet de toutes les convoitises tant au regard de sa célébrité que de sa fortune, il reste pourtant impénétrable. Mais lorsqu'il rencontre Lupe, une femme à la réputation douteuse, c'est le coup de foudre. De cette idylle va naître une grande histoire d'amour. Mais est-il possible d'aimer un homme qui a choisi la mort pour épouse ?
La corrida est une pratique – à juste titre – sujette à polémique. Ancrée dans la culture espagnole depuis la nuit des temps, elle est souvent récriée par les autres populations qui dénoncent là un loisir barbare et sanglant. La sortie de
Manolete a d'ailleurs suscité de vives réactions parmi les internautes qui s'insurgent d'un tel sujet au cinéma, et qui pour certains vont jusqu'au boycott du film. Autant interdire les films abordant les génocides, les guerres, les meurtres, les viols et les tortures. Bref, autant signer l'arrêt de mort du septième art. Car force est de reconnaître que malgré l'inhumanité qu'inspire cette pratique, elle offre toutefois de nombreuses possibilités de traitement esthétique. Ajoutez à cela un couple aussi glamour que
Penelope Cruz et
Adrien Brody et vous tenez là un film qui sort des sentiers battus, une romance inédite dans le genre. Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour que la mayonnaise prenne et en fasse un film inoubliable. Et pourtant … elle ne prend pas. La ligne de conduite adoptée manque de saveur, la structure narrative est fade et les dialogues bas de gammes ne permettent donc pas au film une envolée aussi passionnée que l'amour qui unit nos deux personnages. Il ne s'agit pas d'ennui à proprement dit, loin s'en faut, mais d'une succession d'erreurs de parcours qui donnent un ensemble plutôt moyen et somme toute banal.
La mise en scène de
Menno Meyjes ressemble à une farce. Usant de subterfuges dignes d'un débutant, le cinéaste use et abuse d'un montage ultra-fragmenté pour nous faire croire que c'est
Adrien Brody qui crie « Olé » au taureau. Sans pour autant encourager le cinéaste à faire l'apologie de la corrida en nous montrant les moments les plus sanglants de la course, une mise en scène plus inventive n'aurait pas été malvenue. Seulement voilà, à trop répéter les feintes (souvent avec les mêmes images), la beauté des corps qui s'affrontent, qui se cherchent et s'évitent, perdent de leur splendeur. L'alternance entre les mollets du matador, les sabots de l'animal, les yeux du matador, le regard de l'animal, fait preuve d'un manque de réflexion évident sur le traitement du sujet. La personnalité de
Manolete n'est pour ainsi dire jamais mise en lumière : s'eut-il agit d'un autre matador, que l'on n'aurait pas vu la différence. On se retrouve face à un homme lambda, transit d'amour, se livrant à des dialogues improbables sur l'amour, donc, et affichant des regards de merlan frit. Bref, on aura connu Brody sous un meilleur jour et
Penelope Cruz ne s'en tire pas à si bon compte non plus. Incapable de composer un rôle original, elle se contente de revisiter les palettes dramatiques de ses récentes interprétations aux côtés de
Woody Allen et de
Pedro Almodovar sans nous surprendre outre mesure. Reste alors une photographie éblouissante, où les couleurs criardes, les paillettes et la chaleur de l'Espagne soulagent nos yeux, et une fin qui réussit à raviver notre intérêt pour le film. Sauf qu'à ce moment-là, il est déjà trop tard …
Manolete, c'est le triste résultat d'un sujet original combiné à deux acteurs universels auxquels on a ôté tout traitement scénaristique et dramatique. Bref, il ne reste pas grand-chose à sauver.