Après une triple incursion dans l'univers « cluedo » d'Agatha Christie, Pascal Thomas revient à ce qu'il fait de mieux : la comédie loufoque.
Nicolas (
Julien Doré) et
Dorothée (
Marina Hands) se rencontrent furtivement lors d'un festival folklorique. Il représente les Pyrénées-Orientales, elle la région poitevine. Dès le premier regard échangé, c'est le coup de foudre. Dans l'obligation de rejoindre leurs bus respectifs, ils sont, à l'aube de leur amour naissant, déjà séparés par les impératifs de la vie. Mais Nicolas, loin de se décourager et dans l'impatience de conquérir sa belle, réussit à se faire embaucher en tant que coiffeur dans la ville ou vit
Dorothée. Rapidement, ils se déclarent leur amour et comme les héros du
Docteur Jivago de
David Lean (auquel le film fait parfois référence), ils se jurent un amour éternel et indestructible. « Je serai toi », « Tu seras moi » sont leurs devises mais la foi en leurs sentiments sera mise à mal par les aléas de la vie.
Pour son seizième long-métrage,
Pascal Thomas, qui a prié les critiques d'en dire le moins possible sur les péripéties de son film, revient à un cinéma ludique et léger comme une bulle de champagne. En s'inspirant des scenarii du réalisateur
Dino Risi et des inséparables
Agenore Incrocci et
Furio Scarpelli qui ont, entre autres, activement participé au renouvellement de la comédie transalpine (
Le Pigeon,
Nous nous sommes tant aimés), le metteur en scène de
La Dilettante (probablement son meilleur film), signe un métrage personnel et libre qui s'affranchit des conventions en nageant systématiquement à contre-courant des modes. Si ses personnages sont excentriques à l'image de ce jeune homme lunaire et innocent à l'accent du Sud à couper au couteau et au jeu de jambes tout à fait singulier, les situations farfelues et saugrenues font preuve d'un bel esprit caustique. Scindé en trois parties distinctes définies chacune par un retournement de situations, Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour… passe allègrement de la rencontre bucolique de ses protagonistes à une loufoquerie au rythme de plus en plus échevelé dans lequel se déploie une absurdité réjouissante faite de dialogues vifs et admirablement écrits, de personnages secondaires atypiques, de détails hilarants (à repérer dans l'image et dans le texte) et d'interprétations très second degré des acteurs.
L'une des grandes qualités du film de
Pascal Thomas est probablement de faire sans cesse appel à l'intelligence du spectateur ce qui, il faut bien l'avouer, devient de plus en plus rare dans les comédies actuelles. Loin du ratage de
Le Grand appartement qui reposait sur un trop grand nombre de personnages auxquels le réalisateur arrivait avec peine à insuffler une âme, la nouvelle fantaisie du cinéaste se ressert sur ses principaux protagonistes tout en brossant une galerie de portraits des plus farfelus : une logeuse perfide et en mal d'amour (l'actrice-réalisatrice
Noémie Lvovsky, décidément toujours impeccable que ce soit en mère dépressive dans
Les Beaux gosses ou en psychiatre militaire dans
Bus Palladium), un gérant de bureau de placement libidineux (Hervé Pierre), un tailleur sourd-muet très pieu et au grand cœur (
Guillaume Gallienne de la Comédie-Française, génial dans un rôle clownesque où il laisse s'exprimer un sens de la gestuelle ahurissant)… Pour sa première apparition
Julien Doré fait preuve d'une grande aisance et
Marina Hands en amoureuse fofolle laisse éclater une fibre comique qu'on ne lui connaissait pas. Attendrissants en amoureux vaudevillesques qui se disputent pour mieux s'adorer, ils brillent dans ce divertissement fou et spirituel qui sait s'amuser avec de multiples références (la BD « Tintin et les Sept Boules de Cristal », le film-culte
Le Père-Noël est une ordure…) tout en s'inscrivant dans l'univers original et poétique de son réalisateur.
Caustique, léger, ludique, loufoque, poétique, le dernier film de Pascal Thomas est tout ça à la fois (et bien plus encore). Un retour à la comédie enthousiasmant.