Premier film de Christopher Thompson, Bus Palladium nous conte l'ascension d'un jeune groupe de rock au cours des années 80.
On aime bien
Christopher Thompson, d'abord acteur découvert chez
Laurent Boutonnat ou
Elie Chouraqui, qui a notamment poursuivi sa carrière dans les films de sa mère,
Danielle Thompson, dont il co-signe souvent les scénarios. Pour son premier métrage en tant que réalisateur, ce passionné de musique a naturellement choisi l'univers rock pour traiter de cette brève période pleine d'espoir et de désillusions qu'est l'adolescence. Aussi,
Bus Palladium s'attache au parcours de cinq ados qui se connaissent depuis l'enfance et tentent de monter un groupe,
Lust (qu'on peut à la fois traduire par « désir » ou « luxure » nous dit l'un des personnages), dont l'ascension vers la gloire ne se fera pas sans mal. Si l'action du métrage n'est pas explicitement située dans le temps, les allusions verbales aux synthés et boites à rythmes ainsi que les pochettes de « l'inoubliable »
Samantha Fox que l'on peut voir furtivement à la vitrine d'un disquaire nous indiquent que nous sommes bien au milieu des années 80, c'est-à-dire longtemps après l'avènement des
Rolling Stones mais aussi bien avant la formation des actuels
BB Brunes marquant ainsi l'aventure musicale collective (dont l'énergie ou la rage permettent de prolonger l'adolescence-même) comme une expérience intemporellement touchante.
Si la fraicheur de
Bus Palladium séduit par la nostalgie qui s'en dégage, le métrage n'en est pas moins jonché de défauts, pas sur la forme, séduisante, mais plutôt sur le fond, ultime paradoxe pour un scénariste qui s'essaie pour la première fois à la mise en scène. La reconstitution est belle (et toujours subtile) et les jeunes acteurs, dont beaucoup baignent dans la musique, sont charismatiques et font preuve d'une séduisante spontanéité. Dans les rôles principaux,
Marc-André Grondin (révélation du remarquable
C.R.A.Z.Y. et bientôt à l'affiche du
Caméléon de
Jean-Paul Salomé) dégage une grande intensité intérieure face à l'exubérance d'
Arthur Dupont (vu dans le dernier
Eric Rohmer), sorte de
Jim Morrison déchiré et déchirant qui laisse transpirer son mal-être en déclamant des textes au bord du vide ou en s'enfonçant dans la consommation abusive de substances illicites. Si
Jules Pelissier (issu de la » Nouvelle Star » cuvée 2008) est tout à fait juste dans un premier rôle plus modeste, si
Arthur Civil (
Soit je meurs, soit je vais mieux) et
Abraham Belaga (
Cendres et sang) confirment leur talent,
Elisa Sednaoui (dont c'est la première apparition sur grand écran) est on ne peut plus agaçante dans sa façon de prendre la pose. Quant à
Géraldine Pailhas, merveilleuse dans
Didine où elle donnait, par ailleurs, la réplique à
Christopher Thompson, elle échoue ici à crédibiliser un rôle de productrice exigeante qu'on aurait aimé plus effacé en faveur de personnages secondaires plus captivants (la sœur interprétée par la chanteuse
Naomi Green dont la découverte vocale est une des grandes émotions du film).
Cependant, ces petites fautes de casting ne constituent pas le motif d'irritation principal de ce
Bus Palladium attendrissant mais dont le scénario enfile les clichés sans le moindre scrupule (ils seraient même revendiqués par le réalisateur). Du coup, si le film n'est nullement déplaisant, il marche sur un terrain balisé et sans surprise (l'amitié du leader et du guitariste sera ainsi mise à l'épreuve par l'amour, l'armée viendra casser le bon déroulement des répétitions, etc…), aux situations parfois improbables (le groupe franchit les barrières de l'industrie du disque avec une facilité déconcertante) ou ridicules (l'apparition de
Philippe Manœuvre dans son propre rôle est grotesque). En revanche, coté musique,
Christopher Thompson a eu le bon goût de confier la bande originale de son film à
Yarol Poupaud (ancien membre des ex-groupes
FFF et
Mud fondé avec son frère
Melvil Poupaud) qui, outre les excellents titres originaux interprétés par
Arthur Dupont « himself » , a également supervisé le reste des morceaux qui nous permettent d'entendre, entre autres,
David Bowie,
Candy Staton ou
Gil Scott-Heron. Malgré ses nombreuses imperfections,
Bus Palladium au gout musical certain (on y fait doucement référence à ce qui s'est fait de mieux dans les années 60/70 : les
Stones, les
Beatles, les
Pink Floyd,
Lou Reed…) reste émouvant et attachant dans sa description d'une jeunesse qui se sait menacée par le temps et tente de vivre le moment présent avec exaltation quitte, pour cela, à s'y bruler les ailes.
Porté par de jeunes comédiens talentueux, Bus Palladium reste, malgré de nombreux défauts sans doute inhérents à une première réalisation, attrayant par son univers musical impeccable et la sensibilité qui se dégage de ce portrait d'une adolescence à l'exaltation intemporelle.