Peut-on envisager de vivre une vie normale à une époque où la couleur politique détermine le chemin de toute une destinée ?
Uruguay, 1973. Un coup d'Etat se prépare. Un évènement qui provoquera la séparation entre le petit Xavi, fils d'un collaborateur Tupamaros et son amie et voisine Rosana, fille d'un militaire. Quelques années plus tard, alors qu'ils sont devenus adultes, ils se retrouvent en Espagne. L'occasion de revenir sur les évènements historiques qui ont marqué leur enfance et leur amour, aussi naissant qu'impossible. Mais ils vont surtout s'interroger sur la place que pouvait avoir un enfant à une époque où les enjeux politiques étaient bien plus importants que l'amitié, l'amour, la famille.
Paisito, qui signifie en espagnol « le plus petit pays », s'est vu attribuer des vertus pédagogiques par L'ARCALT (Association organisatrice des Rencontres Cinémas d'Amérique Latine de Toulouse) et Cinélangues qui ont, ensemble, mis à la disposition des enseignants d'espagnol et d'Histoire-Géographie des documents à propos du putsch de 1973 sur le site officiel du film. On était donc en droit d'attendre qu'il étaye certaines informations relatives au coup d'Etat, aux différents partis politiques dont il est question dans le long-métrage. Que nenni. Pour comprendre le contexte, pourtant méconnu de beaucoup d'entre nous, il faut être un minimum renseigné, car ne peut pas comprendre Tupas (abréviation de Tupamaros), qui veut. Sur cet aspect-là,
Paisito nous nargue assez rapidement. Alors on fait avec les moyens du bord en essayant de définir grossièrement les enjeux du conflit et on finit par s'accrocher à l'amitié impossible entre Xavi et Rosana, une émouvante relation qui sert plutôt bien la narration puisqu'elle amène le récit à s'interroger sur les cicatrices laissées par les régimes dictatoriaux sur les enfants. Ces enfants qui ne comprennent pas ce qui arrive, qui s'envoient des noms de partis à la figure, telles des insultes, sans savoir ce que ça implique réellement.

Les conséquences de cette période révolue sur leurs vies sont maladroitement évoquées par Xavi et Rosana devenus adultes. Le fait de revenir sur le sort dramatique de leurs parents en restant blottis au fond des draps ou calés dans une baignoire remplie de mousse, altère la dimension poignante du récit. C'est à se demander si la construction en flashback était vraiment nécessaire dans la mesure où les séquelles, censées les avoir rongés de l'intérieur toutes ces années, sont réduites à l'état d'ectoplasme. Tandis que le passé, seul, aurait suffit à insuffler de la force à une narration affaiblie par des retrouvailles insipides où les protagonistes racontent leurs souffrances dans leur plus simple appareil.
Paisito reste toutefois un film saisissant dont la tension demeure constante et palpable, Ana Diez faisant preuve d'une dextérité remarquable quant au traitement dramaturgique. L'opposition entre les Tupas et les militaires n'est jamais citée explicitement sinon amenée au cours d'une partie d'échec, d'un match de foot. Une façon de matérialiser le malaise qui règne dans la ville mais aussi le danger qui plane au-dessus de la tête de chacun des protagonistes. Car finalement, il n'y a pas de place idéale. Qu'ils soient de gauche, de droite ou d'aucun des deux, personne ne sera épargné par cette violence aussi exacerbée que silencieuse.
Paisito ne remplit tous les termes de son contrat, mais livre toutefois un récit poignant sur deux enfants qui n'avaient pas leur place dans un conflit politique assassin.