Le scénariste Grégoire Vigneron réalise son premier film, qui passera sans laisser de traces.
Première réalisation d'un scénariste qui a signé
Molière ou
Le Petit Nicolas,
François-Xavier Demaison dans un rôle apparemment trouble, histoire co-écrite par
Laurent Tirard… :
Sans laisser de traces avait au moins de quoi susciter une curiosité polie, qui va vite laisser place à un désappointement certain. Cette histoire de culpabilité, de perte de contrôle et de chance débute avec Etienne, un quadragénaire qui va passer PDG d'une très grosse entreprise. Après avoir fait la rencontre d'un vieil ami, il se rend avec lui chez un homme à qui il a volé une formule scientifique il y a longtemps, afin de s'en excuser. Mais ça va mal tourner et un meurtre va être commis accidentellement. Commence dès lors une course pour échapper au courroux de la police, dont l'enquête avance doucement, et pour se défaire dudit ami un peu ennuyeux, qui s'avère un peu collant et louche.
Sans laisser de traces réunit beaucoup d'éléments contre lui : des ficelles énormes qui jonchent le récit, défiant l'intelligence du spectateur en en surlignant tous les éléments, un rythme mollasson indécrottable qui empêche toute montée de tension, ainsi qu'une mise en scène réunissant trop de défauts visibles dans un premier film de scénariste. En effet, celle-ci se voit plombée par une mise en image ronronnante qui préfère garder ses acteurs plein cadre, les enfermant dans une posture statique empêchant tout dynamisme (hormis une scène calamiteuse sur un toit, aussi prévisible que tout le reste) pour un métrage étant l'exemple parfait de ce qui rend le cinéma français si raillé, à savoir engoncé et sentant la naphtaline, sans aucune prise de risques et alignant les dialogues pompeux. On se demande comment deux plumitifs un tant soit peu expérimentés peuvent livrer une histoire aussi prévisible à la crédibilité mise à l'épreuve à quasiment chaque instant, en commençant par une scène de meurtre initial où les coupables oublient tout bêtement d'effacer leurs empreintes, laissant le spectateur incrédule. Quoique sans ça, le film aurait dû se passer d'une ficelle qui fait avancer le récit plus tard, pas bête…
Difficile tout de même d'accrocher à un récit qui nous livre un discours grandiloquent sur la chance et ses conséquences lorsqu'on nous propose un tas d'énormités menant au rebondissement final, tout aussi farfelu et indigeste, qui rendent l'ensemble bien prétentieux. Enfonçant des portes ouvertes et assénant ses situations avec un premier degré imperturbable,
Sans laisser de traces finit par tourner à la parodie involontaire tant tout semble partir à la dérive, à un tel point qu'on aurait envie d'applaudir
Benoît Magimel lors de ses rares envolées verbales. L'acteur livre d'ailleurs ici une performance d'un monolithisme effrayant, pas exceptionnellement secondé par un
François-Xavier Demaison qui ne sait pas encore tout jouer et deux actrices certes lumineuses (
Julie Gayet et
Léa Seydoux) mais dont les rôles sont réduits à peau de chagrin.
Plus qu'approximatif et mollasson, Sans laisser de traces porte trop bien son titre…