Eté 1942 : la plus sombre histoire de la France occupée va se jouer en une seule et courte nuit. Récit d'un génocide imparfait.
16 juillet 1942, 10 000 juifs déchus de la nationalité française vont être déportés jusqu'au Vélodrome d'Hiver ; la rafle n'est que le commencement d'un génocide d'envergure qui causera la mort de plusieurs millions de personnes. Parmi eux, Jo et sa famille, qui vont tout tenter pour rester ensemble, quoi qu'il en coûte.
Tristement célèbre dans l'histoire de France, la fameuse « Rafle du Vel d'Hiv » est l'un des évènements majeurs de notre pays occupé par les Allemands. Mais que l'on ne se fasse pas d'illusion, cette capture de « l'indésirable », c'est la police française qui s'en chargera, et c'est là le plus important. On peut ainsi redécouvrir que ce n'était malheureusement pas Hitler derrière cette histoire, mais bien Pétain et les dirigeants du pouvoir. Cette marche vers la mort, c'est celle qu'a décidé de nous faire vivre
Roselyne Bosch, la réalisatrice qui réussit à faire cette chronique longue de deux heures de la rafle, jusqu'à la déportation vers les camps de la mort.
Il aura fallu attendre près de 70 ans pour enfin retrouver un film traitant de ce sujet grave. Dur, sans concession, le scénario nous projette au sein d'une communauté qui va être la « race » à abattre. Et là où l'année dernière,
Kate Winslet avait brillé dans
The Reader en nous faisant part d'une partie de l'histoire sous un angle différent, ici, il s'agit bien de suivre le récit de notre propre pays. Difficile à admettre : le fait que la France a joué un rôle dans la Solution Finale n'est pas ancré dans toutes les mémoires. On est très souvent sûr et certain que c'est Hitler et seulement Hitler le responsable. Or ici,
Roselyne Bosch nous prouve le contraire dans une aventure touchante, si bien que l'on ressort de la salle silencieux, comme témoin d'une atrocité vieille de plusieurs années (aidée par une musique renversante).
Malheureusement, et même si critiquer un film sur un sujet aussi grave n'est pas des plus réjouissants, le scénario tombe parfois trop facilement dans le dramatique. La famille que l'on suit, ainsi que les autres protagonistes, prennent à bien des moments le spectateur en otage.
Mélanie Laurent, qui brille littéralement dans son rôle d'infirmière sombre vite dans le sentimental pour faire pleurer dans les chaumières. C'est triste à dire, mais ce n'est que lorsque la caméra s'intéresse à un groupe en général que le film devient intéressant. Pour autant, ce n'est pas tout le temps le cas et la prestation de
Jean Reno, égalée par celle de
Gad Elmaleh, est fascinante : on est plutôt content de voir que les deux acteurs arrivent bien à s'en sortir dans un drame comme celui-ci. Mention spéciale aussi à
Sylvie Testud, qui ne fait qu'une brève mais émouvante apparition. Plutôt court, le passage dans le Vel d'Hiv reste le « meilleur » moment du film, car prenant de par son gigantisme : le spectateur est comme soufflé par une vague d'émotion devant ce spectacle révoltant. Les larmes montent assez vite aux yeux, un mal nécessaire en somme.
Indispensable au devoir de mémoire, les nombreux passages « façon documentaire » sont d'une rare intensité. Même si le film n'est pas toujours convaincant lorsqu'interviennent les personnages principaux, on ne pourra que saluer cette initiative qui a le mérite de montrer la réalité d'une France qui n'a pas fait que des heureux.