Waris Dirie donne corps et vie au mythe de Cendrillon… mais aussi à l'excision qui elle, n'a jamais été une légende.
Waris a été élevée au sein d'une famille de nomades dans le désert du Somalie. Excisée à 3 ans, mariée de force à 13 ans avec un homme beaucoup plus âgé, elle décide de s'enfuir. Après avoir trouvé refuge chez sa grand-mère, elle est expédiée à Londres pour entrer au service d'un oncle qui travaille à l'Ambassade somalienne. Mais lorsque son mandat de quatre ans prend fin, l'obligeant ainsi à rentrer au pays, la jeune femme elle, décide de rester. Commence alors une vie clandestine dans les rues londoniennes avec pour seul bagage un sac plastique et un passeport où elle fera la rencontre de Marilyn. Grâce à elle, Waris trouve son premier emploi légal en tant que femme de ménage dans un fast food. C'est là qu'un célèbre photographe la repère et décide de faire d'elle un mannequin. Brisée par la mutilation sexuelle dont elle a été victime, elle profitera de sa notoriété pour ouvrir les yeux au monde sur un fléau rendu illégal en France il y a seulement 3 ans. Un désastre humanitaire encore loin d'être enrayé.

Un film comme celui-ci vaut plus pour son message que pour son originalité. Car il n'est pas question de faire quelque chose de différent, mais d'accéder à la dimension discursive et universelle qu'un tel sujet comporte. Toucher le public en somme. Dès lors qu'il est question d'urgences humanitaires, tous les médiums sont bons pour en parler. Evidemment le message ne fait pas tout, le cadre doit être posé, le scénario ficelé et les acteurs crédibles dans un rôle éprouvant, revisitant les pires tortures humaines, sans les avoir vécu.
Fleur du désert répond-il à ces attentes ? Il va sans dire que si l'on ne nous avait pas dit que le film avait été tiré d'une histoire vraie, la pilule aurait eu du mal à passer. La légende de Cendrillon n'ayant fait ses preuves que chez Disney, difficile d'imaginer qu'une telle destinée puisse s'être dessinée un jour. Et pourtant, tout est vrai.
Sherry Hormann mène judicieusement sa trame narrative. Frustré, on assiste à l'expédition en 5 minutes montre en main de Warris dans un fast food de Londres. Une précipitation de prime aborde déroutante qui sera vite rattrapée par un montage alterné bien pensé entre les paysages d'Afrique et l'Europe.
Liya Kedeba se voue corps et âme à son rôle. Dramatiquement parfaite, émotionnellement bouleversante, elle dégage une telle effervescence que nos yeux humides s'en souviennent. Cette femme renversante de beauté est remplie de contradictions éloquentes : sa pudeur, sa peur du regard de l'autre, son affliction mais aussi son sourire sincère, sa générosité face à l'objectif. Un rôle taillé sur mesure pour ce top modèle qui fait là ses premiers pas dans le cinéma. Alors évidemment,
Sherry Hormann consciente du potentiel tire-larmes de son film, ne va parfois pas lésiner sur le pathos et les clichés, mais le récit de cette femme africaine ayant subi l'excision, l'esclavage et le mariage blanc, ne versera pas une seule fois dans le misérabilisme. Quelques passages se montreront même drôles, grâce à un second rôle de qualité :
Sally Hawkins. Le tableau dressé par la cinéaste trouve donc la distance nécessaire pour ne pas embarquer le spectateur malgré lui dans un mélodrame agaçant, mais pour l'atteindre de façon juste et pertinente.
Fleur du désert donne une leçon de vie qui ne laissera personne indifférent tant son message vaut sur le reste. Sherry Hormann trouve la juste mesure pour éviter de tomber dans le mélo pathétique, le tout grâce à une Waris Dirie transcendante.