Après l'excellent Romanzo Criminale et sa description des Années de Plomb, Michele Placido s'intéresse aux événements de Mai 68 dans un film mineur mais grandement attachant.
Pour son neuvième film en tant que réalisateur,
Michele Placido tente de se ranger vers tout un pan du cinéma italien, mêlant adroitement autobiographie nostalgique, petite et grande histoire.
Nous nous sommes tant aimés d'
Ettore Scola et, plus récemment,
Nos meilleures années de
Marco Tullio Giordana sont des exemples de parfaite réussite dans leur alliage homogène d'itinéraires de personnages charismatiques et attachants et de reconstitutions historiques. En prenant racine dans ses propres souvenirs,
Michele Placido peine quelquefois à trouver le juste milieu entre l'intime (l'histoire d'amour) et le récit du mouvement contestataire de mai 68 mais livre un film flamboyant et lyrique sur les idéaux d'une jeunesse qui veut en finir avec la fatalité, qu'elle soit professionnelle ou familiale. Ainsi, le beau Nicola (
Riccardo Scarmacio), figure du réalisateur, monte à Rome pour infiltrer les mouvements révolutionnaires estudiantins en tant que policier mais rêve de devenir acteur, tout comme Laura (splendide
Jasmine Trinca) qui veut se débarrasser du carcan né de parents issus de la bourgeoisie catholique et conservatrice de la fin des années 70. Le troisième personnage, Libero (
Luca Argentero, vu dans le film-choral
Saturno contro de
Ferzan Ozpetek) est, quant à lui, le leader du mouvement qui pousse étudiants et ouvriers à lutter contre les forces en place et veut changer le fonctionnement d'une société gangrénée par les différences de classe.
Si
Le Rêve italien déçoit quelque peu, c'est probablement qu'on attendait, après
Romanzo Criminale, beaucoup de son réalisateur mais aussi par le fait que le romantisme des situations semble prendre le pas sur les évènements radicaux de cette période charnière. Le trio amoureux est mis en avant alors que la prise de conscience politique tarde à faire son apparition. Pourtant, en esthétisant les révoltes en jeu et en les représentant de façon abstraite, le metteur en scène trouve là sujet à un foisonnement d'images et de sons qui mêlent ralentis, passages du noir et blanc à la couleur et musique inspirée de
Nicola Piovani qui, loin d'altérer le récit, le sublime grâce à une mise en scène magistrale qui n'appuie jamais sur les bouleversements politiques (la guerre du Vietnam, La mort de
Che Guevara, l'assassinat de
Martin Luther King sont tout au plus évoqués à travers de brèves images). On peut trouver ça artificiel mais il est tout aussi légitime de penser qu'en privilégiant l'évolution de ses personnages,
Michele Placido se place à la bonne distance pour faire naître l'émotion. D'ailleurs, le "Grand rêve" du titre, n'est pas celui d'une société nouvelle et plus égalitaire mais celui de Nicola qui veut quitter la police pour se consacrer à l'art dramatique.
Pour décrire cette épopée amoureuse sur fond de révolution, le réalisateur italien s'est entouré de comédiens qu'il a déjà dirigés et dont il connaît, par conséquent, les atouts :
Jasmine Trinca et
Riccardo Scarmacio était déjà aux génériques de
Romanzo Criminale tout comme
Massimo Popolizio qui joue ici un père bouleversant. L'immense
Laura Morante qui campe un professeur de théâtre dont la force de caractère n'a d'égal que la grande sensualité a, quant à elle, tourné avec le metteur en scène dans un film qui n'a jamais trouvé distributeur en France. Notons également que
Michele Placido, en fou du septième art, n'hésite pas à convoquer
Jacques Demy ou
Ingmar Bergman pour inscrire son récit dans une réalité cinématographique forcément attendrissante. Probablement moins ambitieux et parfait que le film précédent de l'auteur,
Le Rêve italien n'en adhère pas moins à une longue tradition du cinéma transalpin qui sait, comme nul autre, traiter du social et de la politique de son pays à travers les destins émouvants de ses protagonistes.
Comme Mon Frère est fils unique de Daniele Luchetti, ce « Rêve italien » mélange intelligemment l'intime et le collectif grâce aux charmes de ses acteurs et à une mise en scène lyrique et magistrale qui, loin de ralentir le récit, le transcende par ses partis-pris audacieux.