Relecture du Nathalie… d'Anne Fontaine, le dernier Atom Egoyan marque le passage d'un auteur vers un cinéma hollywoodien impersonnel.
Découvert au début des années 90 avec des films ambitieux où l'érotisme troublant se mêlait à un vrai discours sur la subjectivité de la vérité (celle de l'image mais aussi et surtout celle des rapports entre les êtres), le réalisateur canadien n'a eu de cesse de décevoir durant la décennie écoulée. Son avant-dernier film,
Adoration, soufrait d'une cérébralité trop présente qui empêchait l'immersion de l'émotion dans une structure narrative trop complexe. Aussi, on peut légitimement se demander si son dernier film,
Chloé, inspiré de l'inégal
Nathalie… d'
Anne Fontaine, n'est pas une conséquence directe de son incapacité à allier son propos à une structure adéquate. En acceptant la proposition du réalisateur/producteur
Ivan Reitman de mettre en scène le scénario de
Nathalie… repensé par l'auteur érotique
Erin Cressida Wilson,
Atom Egoyan tombe dans l'excès inverse et signe, cette fois, un film au bâti trop linéaire pour séduire. Dans ce récit de femme qui, à l'approche de la cinquantaine, voit tous ses repères s'effondrer (fils post-ado qui la rejette, mari qui la délaisse…) et décide d'engager une escort-girl pour tester la fidélité de son époux, on retrouve bien quelques thèmes chers au cinéaste (les faux-semblants, l'aliénation par autrui, la solitude…) mais passés par le prisme hollywoodien, ils perdent ici toutes la saveur et l'authenticité qui sublimaient
The Adjuster ou
Exotica.
Grâce à la fidélité que le réalisateur voue à ses collaborateurs habituels (le photographe
Paul Sarossy, le musicien
Mychael Danna),
Chloé reste formellement brillant. Sur le fond, c'est plus problématique puisqu'après une première heure assez troublante, le métrage tombe dans les outrances d'un scénario qui, en passant du drame au thriller passionnel, aboutit à une fin grotesque et grandiloquente à l'idéologie démodée mais néanmoins nauséabonde.
Julianne Moore a beau être émouvante en mère de famille en proie aux doutes et à la confusion des sentiments,
Liam Neeson parfait en mari banal ou fantasmé,
Amanda Seyfried convaincante dans un rôle aux antipodes de celui de
Mamma Mia !,
Chloé, qui se veut un film réaliste et psychologique ouvrant sur des multiples possibilités de lecture, ne soulève pas la moindre interrogation sur la vraie nature de ses personnages. C'est là tout le paradoxe d'un métrage qui appuie maladroitement les divers aspects du récit qu'
Anne Fontaine avait choisi d'effleurer pour en garder le précieux mystère. Déjà en proie à des doutes artistiques depuis
Le Voyage de Félicia,
Atom Egoyan finit par se perdre en filmant une histoire qui ne lui appartient pas et qu'il arrive rarement à maitriser. On espère que cette échappée vers un cinéma navigant entre ambition « auteuriste » et divertissement US stéréotypé soit une erreur dans le parcours du metteur en scène et que celui-ci revienne bien vite à un cinéma personnel, fut-il pour cela qu'il soit nourri d'imperfections comme l'était
Adoration.
En cédant aux sirènes hollywoodiennes, Atom Egoyan perd tout ce qui faisait le charme et la particularité de son cinéma. Le film, porté par des comédiens remarquables, fait illusion dans sa première partie mais est vite rattrapé par des effets appuyés qui le conduisent à un final grotesque.