Inégal mais attachant, le premier film solo de Benoît Pétré est une jolie comédie sur les femmes cinquantenaires. Avec un beau trio d'actrices.
Après sa première co-réalisation avec ses amis des «
Quiches» (le délirant
Foon, parodie des sixties sur lequel on a peut-être un peu trop tapé),
Benoît Pétré surprend avec
Thelma, Louise et Chantal, sa première réalisation en solo dont le titre fait directement référence à
Thelma et Louise, road-movie féministe devenue culte au fil des ans. Pourtant, le film de
Benoît Pétré a peu de points communs avec celui de
Ridley Scott sinon que, dans les deux cas, ce sont de beaux portraits de femmes qui nous sont exposés. Gabrielle (
Caroline Cellier), Nelly (
Jane Birkin) et Chantal (
Catherine Jacob) décident de se rendre à La Rochelle pour le mariage d'un ex (
Thierry Lhermitte). A bord d'une vieille voiture cabossée par le temps, elles vont vivre, l'espace d'un voyage initiatique, bien des péripéties qui, malgré leur différence de tempérament, vont les rapprocher.
Si
Thelma, Louise et Chantal n'est pas exempt de certains défauts (rythme bancal, scènes inégales…), le métrage séduit et fonctionne à bien des niveaux. Inspiré par les souvenirs d'enfance que le réalisateur a de sa mère et des amies de cette dernière, le scénario navigue entre truculence des situations, humour trivial, désenchantements nostalgiques et dialogues caustiques et acérés. De ce mélange des genres, Benoit Pétré se sort fort bien et la délicatesse de son traitement étonne même si, de temps en temps, la vulgarité pointe le bout de son nez pour sitôt s'effacer et faire place à une comédie douce-amère qui colle au mal-être de ses attachantes protagonistes. On notera un bel effort de caractérisation des trois héroïnes qui répondent chacune à des critères de personnalisation bien précis. Aussi, à la belle Gabrielle aux réparties parfois vachardes, qui s'offre aux hommes sans aucun complexe, s'opposent les tempéraments plus posés de sa grande copine Nelly dont les pensées restent floues ainsi que celui de Chantal, figure de femme meurtrie et résignée bougrement émouvante.
Thelma, Louise et Chantal, c'est aussi un film d'actrices dans lequel on retrouve trois comédiennes de talent qui, après avoir été mises en avant dans les années 80/90, se sont faites plutôt rares lors de la décennie écoulée. Chacune dans leur registre, elles se révèlent épatantes et c'est étrangement de celle dont on n'attendait plus rien (
Catherine Jacob, longtemps cloisonnée dans un portrait de bourgeoise qui a fini par lasser) que surgissent les moments d'émotion les plus marquants.
Caroline Cellier n'en finit pas d'être belle et
Jane Birkin joue avec son image, son éternel accent et l'aura érotique qu'elle dégageait avant de devenir égérie de
Jacques Doillon. A travers elles, le réalisateur rend hommage aux actrices et plus largement aux femmes mûres qui cachent derrière une façade leur malaise et leurs désillusions. Pour ce qui est des seconds rôles, si
Alysson Paradis apporte son naturel et sa fraicheur à un personnage plus anecdotique, si l'apparition de
Micheline Presle en ex-belle-mère réjouit,
Arié Elmaleh n'a ici rien à faire et
Thierry Lhermitte retrouve, le temps d'une scène avec
Catherine Jacob, un jeu proche de celui qui l'a rendu célèbre dans
Le Père-Noël est une ordure (on ne saurait d'ailleurs trop dire si c'est vraiment une bonne chose…).
Elément du film à part entière, la bande sonore a été confiée à l'excellente
Keren Ann dont les compositions originales, magnifiques, s'allient au montage (notamment lors d'une fin brillante) afin de souligner les états d'âme des trois héroïnes. Les remaniements de standards des sixties interprétés entre autres par
Vanessa Paradis et
Benjamin Biolay sont quant à eux plus discutables car, en les adaptant d'une façon doucereuse pour exprimer la mélancolie et l'amertume, elles coupent quelque peu le récit et contribuent ainsi à ralentir le rythme du film. Petit bémol pour un métrage plutôt réussi qui sait allier le rire, la fantaisie et l'émotion sans avoir recours à des procédés archétypaux et racoleurs. Son portrait de femmes, énergique et tendre, fait de ce
Thelma, Louise et Chantal un film sacrément attachant.
Porté par trois actrices épatantes, le premier métrage personnel de Benoît Pétré arrive sans peine à divertir grâce à un scénario en demi-teinte qui mélange les registres avec succès.