Moins d'un an après la sortie française de Bronson, Nicolas Winding Refn refait l'actualité avec un film de Vikings sortant des sentiers battus.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, jusqu'à
Bronson Nicolas Winding Refn était un réalisateur qui cherchait sa voie. Bien qu'il ait signé une trilogie instantanément culte partout où elle a posé le pied (Pusher) et qu'il ait monté son
Orange Mécanique, son cinéma n'était qu'une masse plus ou moins informe (passionnante mais tout de même disparate) en pleine gestation. De son propre aveu, raconter la vie tumultueuse du prisonnier Michael Peterson (une simple commande à la base!) lui aura permis de prendre pleinement conscience de ses démons, de son potentiel créatif et ainsi de s'orienter dans une direction clairement choisie. Imaginé plusieurs années avant
Bronson,
Le Guerrier silencieux s'en est indéniablement vu transformé de fond en comble pour devenir d'une réflexion sur la destruction, un objet filmique non identifié allant en dérouter plus d'un.
Dans une contrée nordique rugueuse envahie progressivement par le culte chrétien, One Eye, un esclave au passé mystérieux et complètement muet, se retourne contre le seigneur qui l'enchaînât jadis. Parcourant le pays en compagnie du jeune garçon lui ayant permis de recouvrer sa liberté, celui-ci croise la route de soldats désirant partir à la conquête de Jérusalem. Alors qu'ils naviguent vers la Terre Sainte, un étrange brouillard les fait dévier sur les côtes d'un territoire inconnu et vierge de toutes présence humaine. Affamés, épuisés, paniqués, ils devront affronter bien pire lorsqu'une menace invisible se met à les faire disparaître un par un.
Que ceux qui espéraient un récit d'aventure chevaleresque et épique passent leur chemin sans se retourner. Nous naviguons ici moins du côté de Richard Fleisher (
Les Vikings) et de
John McTiernan (
Le Treizième guerrier), que vers le style contemplatif d'un Tarkovski, le mysticisme visuel d'un
Stanley Kubrick et la folie originelle d'
Aguirre, la colère de Dieu de
Werner Herzog. Non pas que
Nicolas Winding Refn se sente décontenancé avec le genre qu'il traite, les quelques esquisses de joutes proposées (le combat
mano a mano entre One-Eye et deux adversaires) sont suffisamment éloquents pour démontrer les capacités du réalisateur en matière de mise en scène d'une action fulgurante et barbare.
Néanmoins, le rythme lancinant du
Guerrier silencieux, son laconisme, son absence de repères narratifs (tout juste, le sectionnement du récit en chapitres nous donne une ligne conductrice) et son refus du tout explicatif interpelle, fascine, envoûte. D'une part, par sa beauté plastique et parce que la preuve définitive est faite que
Mads Mikkelsen (le Chiffre de
Casino Royale) est un stupéfiant comédien capable de porter un film entier sur ses épaules. Un acteur possédant un magnétisme hors du commun dans le défilé contemporain de masques lisses et sans relief que nous offre régulièrement la cinématographie des quatre coins du globe. Son faciès est déjà un roman à lui tout seul, qui permet de donner de la matière au personnage principal dont on ne connaîtra finalement rien, sinon la force physique et mentale le caractérisant.
De l'autre, il y a ce voyage initiatique entre naturalisme historique (dommage qu'on n'y parle pas la langue celtique) et cauchemar psychologique à la frontière du fantastique méditatif sur la bestialité de l'homme. A moins qu'il ne s'agisse du parcours intérieur dans l'acception d'un divin païen détaché des grandes doctrines religieuses. Peu importe, au final. Ne pas saisir la finalité du
Guerrier silencieux c'est avoir l'opportunité d'y replonger encore et encore pour y dénicher une réponse fluctuante selon l'approche de chaque spectateur. Plus de quarante ans après sa sortie, ne continuons-nous pas à chercher un sens au trip cosmique constituant
2001, L'odyssée de l'espace, sans pour autant opter pour une piste de lecture commune?
L'incroyable Mads Mikkelsen au centre d'une fascinante quête mystique aux frontières de l'inconnu. Nicolas Winding Refn ne signe pas le long-métrage attendu mais le spectateur courageux n'y perdra pas au change.