Quand José Garcia endosse le double rôle de mac violent et de petit employé timide et solitaire, le plaisir est au rendez-vous.
De ces cinq dernières années, on retiendra surtout, dans la carrière de
José Garcia, les films plus sérieux consistant en une suite de thrillers qu'ils soient adaptation (
Pars vite et reviens tard) à tendance politique (
G.A.L.) ou sociale (
Le Couperet). Ses apparitions dans le domaine de la comédie (
Sa Majesté Minor,
Astérix aux Jeux Olympiques) étaient, quant à elles, réellement décevantes, décuplant notre envie de revoir l'ancien trublion de Canal+ dans un bon divertissement populaire ne prenant pas les spectateurs pour des abrutis. On était loin de se douter que derrière son affiche tapageuse aux couleurs jaunes rappelant les affiches des films distribués par René Château dans les années 70 (la saga
Bruce Lee) et la typographie de son titre, référence directe aux films de
Delon ou
Belmondo des années 80,
Le Mac serait cette comédie tant attendue et un peu inespérée. Force est de constater que le premier film de
Pascal Bourdiaux (le réalisateur de la moitié des épisodes de la série
Un gars, une fille) remplit parfaitement son cahier des charges de divertissement grand public qui sait distraire et faire rire en évitant l'aspect consensuel de la majorité des comédies françaises actuelles.
Gilbert Chapelle est un petit employé de banque consciencieux et introverti. Après avoir malencontreusement tué un souteneur, Gilbert va être contraint par la police de remplacer son frère jumeau, le violent et imposant Ace, disparu alors que son patron, un mafieux local (
Gilbert Melki), venait de découvrir son activité d'indic. Ignorant tout de l'existence de son jumeau, Chapelle aura 38 heures pour rentrer dans la peau d'Ace afin de confondre son boss dans un deal de drogue avec El Condor, un trafiquant colombien. Et, évidemment, ce ne sera pas chose facile…
Autant le dire d'emblée de jeu,
Le Mac trouve toute sa raison d'être dans le talent et le tempérament de son interprète principal. Toujours impeccable,
José Garcia prouve une fois encore l'immensité de son savoir-faire en campant deux personnages au caractère opposé. A l'aise dans toutes les situations, l'acteur laisse exploser sa fibre comique, irrésistible quand il fredonne de sa voix aigüe du
Desireless ou se démène comme un fou sur une piste de danse. Malgré un scénario qu'on aurait aimé un peu plus déjanté et personnel (le personnage d'Ace ressemble à bien des égards à celui du « Turc », incarné par
Garcia dans
Le Boulet déjà produit par
Thomas Langmann), le métrage bénéficie d'un rythme soutenu qui aligne avec bonheur les scènes de comédie réussies reposant le plus souvent sur un comique de situation où le quiproquo est roi.
Si
Gilbert Melki n'étonne pas dans son rôle de mafieux glaçant,
Carmen Maura trouve dans l'incarnation de la mère cruelle et magouilleuse (sorte de Ma Dalton espagnole qui ne connaît pas le scrupule), un personnage taillé pour sa nature cocasse déjà exploitée par
Pedro Almodovar ou
Alex de la Iglesia. Pour sa première réalisation cinématographique,
Pascal Bourdiaux surprend par la maitrise de son montage tout en nervosité et ses scènes jouant avec les décors et les effets d'ombre. Les dialogues sont, quant à eux, savoureux et participent grandement au plaisir que l'on peut prendre à ce petit film qui n'a d'autre ambition que de divertir, défi qu'il remporte haut la main. La BO, sympathique, compile des morceaux célèbres des seventies allant de
Diana Ross à
Carl Douglas en passant par le thème égyptien « Misirlou », autrefois immortalisé par
Quentin Tarantino dans
Pulp Fiction). Bien qu'on se prenne plusieurs fois à se demander ce qu'aurait été le film sans le brio et l'inspiration de
José Garcia, on peut aisément s'aventurer à aller voir ce
Mac qui, par ses nombreuses qualités, balaie définitivement toute comparaison avec
Le Siffleur, production
Besson fainéante et sans relief dont le postulat de départ était le même (l'introverti qui se fait passer pour son double extraverti). Entre deux
François Berléand ou deux
José Garcia, notre choix est fait sans accepter la moindre des hésitations.
Malgré un scénario assez prévisible, Le Mac est une comédie tout à fait sympathique portée par un José Garcia en grande forme.