Un casting de stars qui donne l'eau à la bouche, un sujet qui fait monter la température : est-ce que Contagion marque le grand retour de Steven Soderbergh? Pas forcément.
Un toux persistante : la maladie est déjà là. Une chaîne tactile de geste anodins conduisant à l'inexorable propagation du virus : l'épidémie est en marche. Des indications de lieux et de populations mondiales s'inscrivant telle une épitaphe prévisionnelle : la catastrophe se dessine. Froide. Implacable. Invisible. Ainsi commence la
Contagion orchestrée par
Steven Soderbergh. Par une introduction glaçante n'allant rien occulter d'un récit paranoïaque et alarmiste digne de ceux des années 70. D'autant plus inquiétant qu'il reste scrupuleusement accroché à un scénario médico-géopolitique d'une effarante crédibilité. Des premières mesures d'urgences exécutées dans le chaos médiatique le plus total, la mise en quarantaine des foyers d'infection, la montée de la révolte anarchique conduite par les maîtres de la désinformation publique, jusqu'à la distribution d'un remède de la dernière chance. Afin de bien faire comprendre que le spectateur ne peut espérer ni héros pour sauver la situation, ni d'échappatoire hollywoodienne pour l'imposant lot de têtes d'affiches, Soderbergh exécute l'une de ses stars dès les premières minutes. Une séquence plus tard, la voilà allègrement charcutée lors d'une autopsie on ne peut plus clinique. Ambiance.
Passé cette entrée en matière sans compromis, la puissance imaginative se délite quelque peu,
Contagion faisant partie de ses œuvres qui possèdent les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités. Où quand le syndrome contient le remède et vice versa. Car à trop vouloir prendre un point de vue distancié pour mieux capter le meilleur angle possible, Soderbergh déshumanise complètement ce portrait choral d'une situation de crise qui exigeait pourtant un rapprochement affectif avec ses acteurs durant sa seconde moitié. Il faut voir de quelle manière est traité le personnage de
Marion Cotillard, complètement abandonné en chemin pour finalement réapparaître à la toute fin avec une question morale laissé en suspens. Un peu comme toutes les (nombreuses) réflexions anticipatives d'abord portées par l'enquête sanitaire (l'identification du foyer d'infection), puis maintenues in extremis par un montage chirurgical et le très bon score atmosphérique de Cliff Martinez. En fait ce que l'on reproche à
Contagion n'est pas si éloigné des faiblesses intrinsèques et répétitives des derniers opus « Soderberghien » à la confection irréprochable (la réalisation est aux petits oignons), aux castings quatre étoiles mais gaspillés par les contours auteurisants de leur auteur n'arrivant toujours pas à retrouver la formule gagnante du début des années 2000.
Soderbergh offre sa vision anti-hollywoodienne de la catastrophe épidémique et accouche d'une fiction d'une crudité renversante, quoiqu'émotionnellement stérile.