Pour son premier long-métrage, le réalisateur Dominic Murphy a décidé d'évoquer le parcours du danseur Jesco White… à sa manière.
De la vie de Jesco White – figure du folklore américain - le réalisateur
Dominic Murphy préfère retenir la toxicomanie précoce, les allers et retours en maison de correction, son passage en hôpital psychiatrique, son histoire d'amour brûlante, son alcoolisme chronique et toute l'abondance de vieux démons qui ont agité cet artiste tourmenté des montagnes Appalaches, dont ce premier long-métrage s'inspire abondamment, sans tomber dans l'exercice strict de l'œuvre biographique. Des numéros de claquettes sur fond de musique country, le metteur en scène n'en a que faire. On pourrait même presque admettre que son sujet n'est pas Jesco White, malgré le fait que la narration emprunte la forme de son subconscient accidenté pour se construire. Ce qui semble l'intéresser avant tout c'est la peinture surréaliste de l'Amérique ultra profonde. Cette campagne où pullulent les taudis miséreux de rednecks, sales, racistes, ignorants, parfois dégénérés, sauvages et imbibés d'alcool du matin jusqu'au soir. Tableau peu flatteur d'une nation pourrissant de l'intérieur.

L'état de décomposition dans lequel évolue le personnage principal se ferait presque violement sentir au-delà des limites de l'écran de projection, tant les images brutes et dégueulassement saisissantes de
Dominic Murphy parachèvent de nous plonger dans ce triste contexte humain et multiple, échafaudé à partir d'anecdotes véridiques, de fantasmes macabres et d'un cauchemar christique et rédempteur en guise de chemin de croix final. Regarder
White Lightnin' c'est plonger sans bouée de sauvetage dans un marécage de noirceur et de détresse qui souille de manière agressive le regard optimiste qu'on peut porter sur le monde. La marque laissée par le film ne disparaît pas après un bon moment. Il n'est franchement pas impossible de trouver cela rédhibitoire et dérangeant, mais c'est aussi l'une des fonctions du cinéma : fournir une représentation teintée de vérité d'un univers qu'on ne voudrait pas voir ou fréquenter en dehors de cette fenêtre ouverte sur l'autre et cette bulle protectrice qu'est la salle de cinéma. Même si on se fait le défenseur de l'
Irréversible de
Gaspar Noé, personne ne prétend prendre un quelconque plaisir approprié à témoigner des horreurs commises dedans.
Tant pis si la gifle est déplaisante à recevoir, si elle nous met mal à l'aise, du moment qu'elle n'ait pas été donnée à l'emporte-pièce. Ni complètement biopic, ni complètement romance irradiée, ni film de vengeance,
White Lightnin' est le portrait majoritairement maîtrisé d'une personnalité hors de contrôle, à plusieurs facettes, et la révélation d'un comédien (
Edward Hogg) dont l'entière dévotion à son rôle ne restera pas nichée dans l'oreille d'un sourd (sinon c'est à n'y plus rien comprendre). C'est aussi la résurrection de l'actrice
Carrie Fisher, vedette féminine de la trilogie Star Wars, ignorée et laissée sur le bas côté pendant plus de vingt ans et qui se révèle de nouveau à nous dans un parfait contre-emploi. Tellement parfait que la représentation virginale de la princesse Leïa n'y survivra sans doute pas. Il faut ce qu'il faut, même si l'on doit payer le prix d'un désagréable effet collatéral cinématographique comme celui-ci.
La vie et l'œuvre du danseur Jesco White, et surtout tous les à-côtés peu reluisants de son existence, sont condensées dans ce conte de fée désenchanté et extrême dans ses partis-pris. Mais qui révèlent d'un vrai traitement de cinéma.