Premier long-métrage de Scott Cooper, Crazy Heart s'impose comme un vrai-faux biopic musical inspiré de la période country.
Bad Blake a 57 ans. Ancienne légende de la musique country, il se voit désormais obligé de jouer dans de petits bars de quartier pour subvenir à ses besoins car depuis qu'il a propulsé le jeune Tommy sur les devants de la scène, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Jusqu'au jour où son agent lui propose de donner un nouvel élan à sa notoriété en jouant en première partie du concert de Tommy : un choix difficile pour Bad qui estime que son ancien élève lui doit tout. Pendant sa tournée, il rencontrera Jean, une jeune femme divorcée avec qui il vivra une histoire différente de toutes celles qu'il a connues. Mais son alcoolisme galopant et son mode de vie ne joueront pas du tout en sa faveur.
Filmé sur le modèle d'un road movie,
Crazy Heart sillonne les paysages américains et nous inspire la nostalgie d'une époque révolue, propre à la country music. Paré de chapeaux, bottes de cow boys et chemises à carreaux, ce film rend hommage à une grande tradition nationale et s'annonce d'emblée comme un parcours initiatique, celui d'un homme déchu et ravagé par l'alcool qui essaie de se refaire un nom. Ce sujet n'est pourtant pas inconnu du paysage cinématographique. Moult films se sont déjà attelés à aborder l'avilissement d'une ancienne célébrité qui a sombré dans l'oubli (
The Wrestler notamment). Mais ici, pas d'impression de déjà-vu, car la différence tient dans la profondeur donnée au récit. L'authenticité qui se dégage des personnages, l'évolution de leurs parcours et sentiments, nous ébranlent et nous happent dans un univers unique en son genre. Un univers empreint de notes de musique mais aussi d'émotions simples et puissantes à la fois, donnant une dimension réaliste à cette œuvre dont le parti-pris musical évident ne fera sans doute pas l'unanimité.
Ponctué de chansons toutes aussi entrainantes les unes que les autres,
Crazy Heart est pur à plus d'un niveau. La musique, entièrement composée pour le film, mérite amplement le Golden Globe de la meilleure chanson originale qui lui a été attribué. Pourvu d'une voix authentique, grave et rauque qui nous emporte et transporte dans une autre époque,
Jeff Bridges a obtenu quant à lui le Golden Globe du meilleur rôle masculin. Déjà connu pour son rôle dans
The Big Lebowski, l'acteur revisite le film des frères Coen version country. Malgré son allure d'ours mal léché, Bad dégage un charme certain et propose une palette émotionnelle saisissante. En faisant parler son corps quand les mots ne peuvent plus sortir, en se mettant à nu devant le spectateur, il dévoile les antres de son esprit torturé et condamné à l'autodestruction. On compatit, on s'émeut, on s'exaspère devant ce personnage qui bascule sciemment vers une morte certaine. Car Bad Blake n'est finalement qu'un homme dont il ne reste que la carapace, son nom de scène. Une carapace qui s'épuise et moisit de l'intérieur.
Crazy Heart revisite des thèmes déjà abordés, mais reste profondément humain et authentique. Jeff Bridges est époustouflant et Scott Cooper n'en finit pas de donner de l'épaisseur à un scénario finalement simple.