En ces temps de séquelles faisant office de quasi remake, Cars 2 vient démontrer qu'une suite peut être synonyme de réinvention. Et d'innovation ?
De tout temps, Pixar a toujours su se distinguer par sa disposition à repousser les limites de l'animation - tant sur le plan technique qu'affectif - et son ouverture d'esprit lui ayant permis des prises de risques souvent payantes. L'anthropomorphisme sur des voitures fut un choix audacieux, qui déboucha néanmoins sur l'œuvre la moins unanimement saluée du studio.
Cars n'est sûrement pas son meilleur représentant mais sa générosité, sa sincérité et sa volonté de prendre à contre-sens la tendance, le hissaient à plusieurs niveaux au-dessus de la concurrence. Or on ne voyait pas bien les possibilités (et surtout la pertinence) d'une suite qui en d'autres mains, se serait contentée de faire du sur place en répétant paresseusement la formule de l'original.
Justement,
Cars 2 n'escompte pas se répéter et ose un ravalement de carrosserie quasi total.
Cars était une jolie fable statique sur la dégustation de la vie, sa séquelle sera donc un bolide en perpétuel mouvement qui n'a pas une seconde à perdre. Flash McQueen était le personnage central du premier, c'est désormais le gentil bouffon de service Martin qui prend la pôle position. La bourgade de Radiator Spring était le lieu central de l'intrigue, maintenant c'est le monde tout entier qui sert de piste à nos deux héros… Des changements radicaux comme ceux-là, ce mélange entre James Bond, Austin Powers et
Speed Racer en possède tout un stock. Un mix expéditif d'action et d'humour qui ne l'empêche pas d'incorporer quelques thématiques routinières chères à Pixar (la valorisation du faible, le message écolo en faveur des énergies renouvelables…) au cœur d'une démonstration technique de champion.
Cars 2 en a sous le capot, mais pour la première fois de son histoire, on sent que Pixar a oublié une pièce fondamentale qui lui aurait assuré une fois de plus de largement s'imposer devant les autres : ce petit supplément d'âme « pixarien », ce torrent d'émotion qui nous submergeait dans
Wall-E,
Là-haut et
Toy Story 3 (pour ne citer que les derniers). On ne trouve pas cette excellence dans un récit lancé à toute allure entre hommage aux films d'espionnage, quiproquo identitaire et compétition automobile. On ne peut pas gagner à tous les coups. Et puis après plus de quinze années de route sans encombres, il fallait bien qu'un jour
John Lasseter et sa bande connaissent une petite baisse de régime qui, dans le cas présent, n'a rien de dramatique.
Il faut espérer seulement que
Cars 2 ne soit pas le déclencheur d'une perte de vitesse progressive des prochaines productions Pixar, qui devront apporter plus de soin à leur version française (assez naze dans le genre) et avoir le courage de se passer d'une 3D bridée. Véritable frein à l'appréciation de la projection.
Le savoir faire de Pixar ne se dément pas avec cette suite très différente de son original, même si le studio demeure dans une moyenne un écrou en dessous de ce à quoi il nous avait habitué par le passé.