L'une des plus belles surprises cinématographiques de cette fin d'année à un nom : Hugo… Hugo Cabret.
Il y avait largement de quoi s'étonner lorsque
Martin Scorsese a fait connaître son intention de tourner
Hugo Cabret. Le réalisateur de
Taxi Driver,
Raging Bull et
Les Affranchis en poste sur une grosse production familiale ? Quelle mouche avait bien pu le piquer pour s'illustrer dans un projet en apparence à dix milles lieues de ses obsessions d'artiste. Comment lui ayant fait de l'échec l'une des thématiques directrice de son œuvre, pourrait marquer de son empreinte ce qui s'annonçait comme un simple conte cinématographique de fin d'année adapté du livre pour enfant de Brian Selznick ? A se demander s'il n'y a pas quelque chose de pourri au royaume du maître... ou si l'attraction d'une initiation à la 3D relief n'aurait pas pesé de tout son poids sur sa décision. Il est certain que la trois dimension a joué un rôle important (on y reviendra un peu plus bas) mais pas seulement. Car si
Hugo Cabret semble porter la signature d'une commande impersonnelle, d'un film « pour les tous petits », il n'est pas que ça. Progressivement, l'intrigue tournant autour de ce jeune orphelin arpentant les coulisses d'une gare parisienne au début du 20ème siècle dévoile sa nature de MacGuffin employé à la mise en place de ce qui s'avérera le vrai sujet (qu'on se gardera bien de dévoiler ici) de cette œuvre scorsesienne. Ou plutôt œuvre de
Martin Scorsese dans laquelle le cinéaste de la passion s'efface devant le cinéphile passionné déclarant tout son amour au 7ème art.

Hugo est le fil conducteur du récit mais à l'image de l'automate sophistiqué qu'il tente de faire fonctionner, il n'est qu'un outil pour mieux appâter l'attention du spectateur et l'amener tout doucement vers des sentiers beaucoup plus adulte mais non moins séduisant pour chacun. Après tout, il n'y a pas d'âge ni pour rêver ni pour s'émerveiller devant une toile pourvu qu'elle soit enchantée. Et ce qui s'annonçait telle une aventure posée sur des rails se révèle un inattendu et magnifique voyage au centre du cinéma muet où l'imagination était plus importante que la technique, la soif de créativité plus prégnante que les capitaux en jeux. Scorsese possède lui l'un et l'autre et ne se prive pas d'en faire bon usage pour illustrer son périple dans un Paris des années 30 intemporel et magique. Vision fantasmée de la capitale et de sa population enrichie de personnages haut en couleurs, mais surtout nourrie par une multitude de souvenirs cinéphilique (une locomotive précipitée façon La Bête humaine…). Le tout composant une peinture immersive grâce la 3D manipulée avec la dextérité d'un grand artiste. Avec
James Cameron et
Steven Spielberg,
Martin Scorsese démontre que ceux ayant le mieux compris la technologie du 21ème siècle ne sont pas la jeune garde du numérique mais bel et bien les papys qui ont bousculé l'industrie trente/quarante ans plus tôt. Voilà qui donne sérieusement à réfléchir.
Hugo Cabret donnait tous les signes d'une œuvre commerciale désincarnée, c'est en fait un émouvant conte 200% scorsesien où le réalisateur apparaît plus jeune que jamais.