City Island, soutenu par un Andy Garcia qui croyait trop au projet vu sa qualité, nous présente une famille au bord du déchirement.
La famille dysfonctionnelle : si on n'en est pas issu, on en a une autour de nous. Les explosions de voix, l'agressivité injustifiée, les dérapages d'une moindre conversation anodine qui se transforme en bombe à retardement. Bref, on connaît. A-t-on alors réellement besoin de la revoir, cette famille, au cinéma ? Parce que c'est sûr, les Rizzo en sont une, et Raymond De Felitta s'obstine, dans une première partie exaspérante, à nous le montrer. Et vraiment, même si on ne peut pas lui reprocher un manque de véracité, on n'était pas venus pour ça.
C'est vrai qu'ils ont de quoi crier, les Rizzo, et de quoi être mal à l'aise. La mère est en pleine remise en question parce que son mari semble changé ; il faut dire que le mari, il lui dit qu'il va au poker chaque semaine, alors qu'en fait il prend des cours de théâtre – il veut devenir acteur, un rêve de gosse qu'il n'a jamais avoué. Leur fils cadet est en pleine découverte de sa sexualité, qui vire clairement vers le sex and food. Quant à leur aînée, elle s'est fait retirer sa bourse d'études et travaille dans une boîte de strip-tease pour se payer son prochain semestre. Tout le fragile équilibre de mensonges et d'apparences va voler en éclats quand Toni, fils né d'une histoire de jeunesse du père, est introduit dans le cocon familial : eh oui, la famille au bord de la crise finit par tout se dire et régler ses problèmes grâce à l'intervention d'un élément extérieur censé lui ouvrir les yeux.

Tout ceci pouvait nous annoncer une comédie un peu décalée, grinçante, neurasthénique sans doute. Oui, mais non. L'hystérie générale de la première partie plombe la suite, tout comme la conclusion du film, qui part d'une explosion incontrôlée de la famille pour arriver à une fin anti-climatique.
City Island est sauvé par sa partie centrale, parfois amusante, globalement agréable. On y suit les hésitations de Vince, le père, joué par
Andy Garcia qui sort de ses derniers rôles, face à son rêve d'acteur, sa formation et son rôle de parent. A côté de lui,
Juliana Margulies plutôt juste joue sa femme et
Emily Mortimer, trop rare, est sa partenaire de théâtre. Ce trio d'acteurs dynamique et cette seconde partie nous permettent donc d'apprécier finalement le film, qui n'est pas aidé par le réalisateur franchement peu inspiré, ni par le scénario un peu mou du genou.
Entre deux explosions de voix et deux mensonges mal illustrés, City Island garde tout de même la tête haute ; de justesse.