Jude Law trouve un nouveau cœur et une nouvelle conscience dans Repo Men : un film bancal bien vite oublié.
Repo Men, tiré du livre du – presque – même nom d'Eric Garcia qui a pris en charge le scénario, avait un potentiel indéniable : futur proche, monde semblable au nôtre mais plus poussé technologiquement parlant, personnages ordinaires, utopie apparente qui implose pour annoncer une dystopie grinçante… Evidemment, qu'on y court ! On n'aurait pourtant pas dû.
On ne peut le nier, la critique sociale existe bien dans
Repo Men; et au moment de la réforme sur la sécurité sociale aux Etats-Unis et de celle, bien plus négative, sur les hôpitaux et les suppressions de postes en France, le thème du film est d'autant plus marquant. En effet, on peut dans cette société – et c'est là l'utopie – avoir tous les organes que l'on veut, des tout beaux, tout synthétiques, qui ne tombent pas en panne. Mais ils ont un prix et sont contrôlés par une seule société ; donc, si vous n'êtes pas riches, vous vous endettez et des employés méticuleux viennent reprendre l'organe : et voilà la dystopie, car on se rend rapidement compte que beaucoup de gens ne peuvent payer, proposant ainsi une médecine à deux vitesses. Tout va bien pourtant, jusqu'à ce que le personnage principal, l'un de ces employés, se retrouve dans la même situation que ses « clients » ; il va alors tenter de démonter le système, et c'est là que le film dérape.
On reconnaît le schéma : c'est le même que celui de
Minority Report ; sauf que dans ce dernier film, c'était
Steven Spielberg aux commandes. Ici, le novice
Miguel Sapochnik manque bien trop d'inspiration pour que l'univers décrit fonctionne. Et alors que le point de départ est des plus corrects,
Repo Men se transforme en film de course-poursuite bateau et plan-plan qui nous fait complètement décrocher – d'autant plus que, malgré le fait que le scénario prenne le temps d'installer ses personnages, on ne s'attache pas vraiment au rôle de
Jude Law, que l'on suit pourtant du début à la fin du film.
Restent quelques bonnes idées, comme la vision froide et frontale de la violence ; on découpe les mauvais clients comme on tue ensuite les gens, et la dénaturation du corps se fait de façon assez efficace. Mais à ces scènes correctes en répondent d'autres terribles, oscillant entre l'inutilité et le mauvais goût. La pirouette finale permet d'enlever une partie de tout le mal que l'on pensait de la fin, mais il nous reste tout de même une sensation d'ennui plutôt bien accrochée ; le film sera vite oublié.
Repo Men tente d'être cérébral tout en jouant sur l'action ; à force de courir après deux objectifs, il n'en atteint aucun. Mais avouons tout de même qu'elles étaient bien alléchantes, ces affiches teasers !