Transfuge de Troma, le réalisateur d'Horribilis explose le film de justicier masqué avec Super, satire cinglante de l'establishment US.
Kick-Ass nous avait déjà prouvé que se déclarer super-héros alors que vos aptitudes chevaleresques sont défaillantes, n'était franchement pas une affaire de tout repos. C'est ce que va découvrir Frank D'Arbo, pauvre quidam touché par la grâce divine et décidé à enfiler le costume du justicier L'éclair Cramoisi après que sa femme, ancienne junkie, ne court dans les bras d'un dealer notoire. Si d'emblée
Kick-Ass et
Super semblent évoluer dans le même secteur (leur pitch de départ et leur climax sont peu ou prou similaires), le second se donne une toute autre mission : tandis que
Matthew Vaughn pervertissait les codes du comic-book pour le réinventer cinématographiquement et brandir l'étendard de la culture geek,
James Gunn fait tout l'inverse. En fier légataire de Troma (
Troméo et Juliet), celui-ci penche ouvertement vers la grosse plaisanterie agressant tout ce qu'elle touche. Les références aux héros masqués ne sont finalement que l'occasion d'en bafouer (ir)respectueusement la gravité dramatique et un outil de dérision pour mieux attaquer de front les souffrances patentes de la middle-class américaine. Les personnages de
Kick-Ass étaient de dangereux extravagants, ceux de
Super sont carrément des névropathes donnant libre court à leur psychose/frustration afin d'échapper à un cadre où ils ne peuvent assouvir d'acte épanouissant.
Un espace d'expression que
James Gunn fournit à ses personnages au travers d'une multitude de trouvailles visuelles se matérialisant à l'écran. Souvent l'illustration de désirs enfouis rappelant l'esprit de bricolage arty défendu par le cinéma de
Michel Gondry et apportant une touche de fantaisie impertinente à
Super. Défendeur de l'accomplissement personnel qui épingle au passage le fanatisme religieux (le sitcom évangéliste) et ses promesses de bonheur théorique, mais aussi les dérapages de la justice personnelle. En gros tout ce qui voudrait imposer une ligne de conduite d'obéissance docile sous des discours sentencieux que le film reprend à son compte pour mieux en faire ressortir les bons et les mauvais aspects. Abordant foncièrement une attitude ambiguë, non partisane et parfaitement amorale,
James Gunn n'en porte pas moins un vrai attachement pour ses paumés excentriques. En résulte une disparition brutale assez estomaquante durant un climax en forme de feux d'artifices méchamment allumé et une attachante conclusion démontrant la grande palette de jeu de
Rainn Wilson. A ses côtés en sidekick dérangée,
Ellen Page explose une nouvelle fois les frontières de sa courte mais impressionnante carrière.
Davantage défiance parodique du super-héros movie qu'hommage second degré, Super est une réjouissante satire, bourrée d'idées fraîches et de comédiens en totale roue libre.