Avant les retours sur grand écran de Conan et Sonia la rousse, un personnage imaginé par Robert E. Howard fait ses débuts au cinéma : Solomon Kane.
Les écrits de Robert E. Howard peuvent bien solliciter le fanatisme de lecteurs assidus de la plume du père de
Conan le barbare, le 7ème art n'a montré jusqu'ici que peu d'intérêt pour eux. Exception faite d'une poignée d'adaptations rarement fidèles (pour ne pas dire souvent mauvaises). Pourtant l'œuvre de l'écrivain texan ne se limite pas aux seules aventures du Cimmérien et se constitue de héros dont la richesse mérite à plus d'un titre d'être exploitée sur la grande toile. Comme tout dans ce bas monde : les choses changent. Dans les deux années à venir, on attend le
Conan de
Marcus Nispel et
Rose McGowan sous les traits de
Red Sonja… En attendant, le producteur
Samuel Hadida (Le Pacte des loups) a extirpé
Solomon Kane des étagères de librairies. Un guerrier hors pair et sans foi ni loi qui se retrouve condamné à la damnation éternelle pour s'être fourvoyé dans le sang et la cupidité durant son existence. Alors qu'un envoyé de la bête à corne s'apprête à lui filer son billet direct pour l'enfer, Kane décide de changer radicalement de vie en intégrant un monastère anglais afin de racheter son âme. Comme les voies du seigneur sont impénétrables, il se retrouve chassé du lieu saint et conduit par le destin vers une famille de puritains allant rapidement être les victimes de soldats au service d'un sorcier asservissant par la force tout le pays. Pour sauver la fille du groupe qui l'a accueilli avec bonté, notre homme de paix n'aura d'autre choix que de reprendre les armes pour stopper le tyran adepte de magie noire.

Si Robert E. Howard est remis sous le feu des projecteurs, pas sûr que les fans en soient les premiers ravis. D'ordinaires peu enclins à offrir facilement leur approbation, ceux-ci n'apprécieront sûrement pas la démarche du réalisateur
Michael J. Bassett (
Wilderness) qui décide courageusement de s'éloigner des écritures en composant sa propre genèse du personnage… jamais évoquée par l'auteur ! Astucieux, si cette création d'un passé et d'une relation familiale torturée (mis en parallèle avec les actes destructeurs du héros) n'était pas une tentative transparente de dissimuler l'exiguïté d'un script plutôt avare en finesse psychologique.
Solomon Kane peut bien essayer de nous tirer une once de compassion durant un twist final appréhendé de très loin, on en oublie pas la facticité de l'ensemble nécessitant plus de moyens financiers pour fournir la grande épopée old school que ses créateurs voulaient obtenir (l'introduction est en cela un brin frustrante). Cette maigreur du budget ne passe par inaperçue, surtout dans le climax du film bourré d'effets spéciaux générés par ordinateur loin d'êtres superbes et pas franchement nécessaires en définitive :
Bassett est plus à l'aise dans la confection d'une ambiance boueuse et pluvieuse, de scènes de combats entrainantes (quoique mal montées) et l'ionisation de son comédien principal (
James Purefoy, pas un modèle de subtilité mais ça passe). Car si
Solomon Kane ne restera pas dans les annales du cinéma, il contient quelques bons passages, voire même surprenants : la mise à mort d'un jeune garçon, allant réveiller la fibre martiale de Kane, confirme bien qu'en se lâchant davantage
Michael J. Bassett aurait pu signer autre chose qu'un passe-temps pour samedi soir, aussitôt vu aussitôt oublié.
Une série B d'aventure assez quelconque du fait d'un budget trop mince pour convaincre et d'un manque d'audace en général pour rester dans les esprits après vision.