Joe Wright a bien changé depuis Orgueil & préjugés, Reviens-moi et Le Soliste et ce n'est pas pour nous déplaire. Et vous ?
Jusqu'ici « classicisme » était probablement le terme qui convenait le mieux au cinéma de
Joe Wright. Désormais il va falloir remettre à jour nos qualificatifs tant son dernier opus,
Hanna, vient complètement bousculer nos attentes. Fini les adaptations de
Jane Austen, fini les drames sentimentaux en costume ou les produits à Oscar. Place à… ben oui à quoi exactement ? Difficile de répondre clairement, car le réalisateur de
Reviens-moi ne change pas seulement de registre mais brouille carrément les pistes.
Un
Nikita-like ? Oui dans la mesure où le personnage central (surprenante
Saoirse Ronan) est une mystérieuse gamine, conditionnée pour être une machine à tuer allant se retourner contre ses concepteurs lancés à sa poursuite. Mais pas que. Un actionner brute de décoffrage façon Jason Bourne ? Si on considère qu'
Hanna est amenée à mettre une branlée à plusieurs poursuivants dans un style de close combat nerveux, l'affirmation prévaut. Mais tout ceci n'est que la surface « commerciale » destinée à vendre un véritable OFNI, faux Entertainment qui y mêle récit adolescent, road-movie initiatique, conte grotesque moderne (ce n'est pas pour rien que l'histoire s'achève dans un parc d'attraction ayant pour thématique les frères Grimm), surréalisme parodique (certains méchants semblent sortir directement d'Hudson Hawk), et bien des choses encore qui nécessitent du temps - et probablement une seconde vision - pour se digérer pleinement.
L'indigestion se fera sentir pour certains (on ne peut pas oublier quelques lourdeurs/maladresses stylistiques), tandis que d'autres goûteront un inclassable du 7ème art dont la saveur varie à chaque bouchée. Tout est une question de goût et d'appétit chez
Hanna, servi sur un plateau d'argent. L'amour de la belle image d'
Edgar Wright ne se dément toujours pas. Entre plans-séquences virevoltants et bande-son électrique de
The Chemical Brothers, les sens sont perpétuellement mis à contribution. Thriller en forme d'expérience sensorielle,
Hanna est au final un numéro d'équilibriste qui se maintient sur un fil fragile (comme dans Indiana Jones 4, Cate Blanchet en fait des tonnes en peste vacharde), menaçant à chaque instant de se rompre.
Assurément, Hanna va diviser. D'un côté, certains crieront au grand n'importe quoi. D'autres affirmeront l'audace du projet. Nous nous contenterons de dire qu'Hanna est une œuvre unique en son genre : une qualité devenue trop rare et précieuse aujourd'hui pour être négligée.